Full text: Ça ira (5 = 1920, août)

ÇA IRA ! 
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Pourquoi, si ma maison est grande assez, 
si ma chambre est commode et l’hiver à la porte, 
pourquoi ne pas bénir le mendiant qui passe ? 
Ami, ma bourse est vide et l’on a bu mon vin. 
Je ne possède que ma plume et mon papier, 
la lampe éclairant mon travail, 
la table où je mange, et ma chaise et mon lit. 
Mais, entre ! tu verras mes livres, ma famille, 
tu nous raconteras tes voyages, tes noms, 
et tu repartiras plus agile. 
Voilà mon cœur ! 
tu laisseras ma chair à ses faiblesses, 
tu maudiras la chair et tu disparaîtras. 
WiLLY KONINCKX. 
Soir de Bal 
Vaste salle. — Lumières — Parquet luisant — Couples 
nombreux — Figures réjouies. 
La musique cesse. — Conversation. 
Un jeune homme s’avance vers une jeune fille. 
Le jeune homme, veston noir, pantalon de fantaisie, 
cheveux longs, mine fleurie. 
La jeune fille, figure régulière, un serre-tête ceint ses 
cheveux blondoyants, mise avec simplicité mais 
avec goût. 
Lui (souriant) : Mademoiselle, oserais-je 
vous prier de m’accorder une 
valse ? 
Elle : Volontiers, monsieur, mais nous 
avons encore le temps... 
Lui : J’ai voulu être le premier... Per 
mettez que je m’assieds à côté de 
vous. Quelle impression vous 
fait la soirée ? Il y a beaucoup 
d’entrain, vous ne trouvez pas ? 
Elle : Un peu trop même à certains 
endroits. 
Lui : Vous croyez ? oui, nous sommes 
ici pour nous amuser. 
Elle : Cela dépend comme vous l’en 
tendez. 
Lui : En effet, ce qui est amusant pour 
les uns ne l’est pas nécessairement 
pour les autres. Pour moi, casser 
les vitres serait beaucoup plus 
amusant, mais enfin... 
Elle : Les jeunes gens ne sont pas 
sérieux. . 
Lui : Je vous fais cette impression ? 
Elle : Non, je ne parle pas seulement 
de vous, je vous connais à peine. 
Lui : Moi, je suis moins sérieux à 
mesure que la nuit avance. 
Elle : Et que faites-vous pendant la 
journée ? 
Lui : Pendant la journée ? Je poursuis 
mes études et vous ? 
Elle : Moi, si je vous le disais, vous 
ririez. Je prépare mon examen 
pour l’école normale. 
Lui : Allons donc ? mais je trouve ça 
très chic au contraire. Moi, je 
suis féministe, vous savez. 
Elle : C'est aimable ce que vous dites là. 
Lui : Oui, le règne de la femme 
approche. C’est mon opinion, les 
hommes ne savent plus se con 
duire. 
(Les musiciens attaquent la valse).
	        

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