Full text: Ça ira (5 = 1920, août)

ÇA IRA ! 
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Fête japonaise 
Nous accompagnons la reproduction 
réduite de la lino de Jespers de cet intéres 
sant commentaire de Paul Van Ostayen : 
“ C'est une erreur de considérer “ Fête 
japonaise comme étant sans objet. Elle 
a naturellement son thème, son sujet. De 
plus elle a aussi des objets représentés. 
Mais l'objet à représenter est encore en 
étroit rapport avec le thème. 
Seulement il y a ceci : l'idée de l'objet 
supplante l’apparition empirique. La 
rigueur de la construction anéantit 
l'arrangement du hasard. Le chemin qui 
mène à l’idée passe par une ascension 
de la plus haute sensualités La plus haute 
ascension conduit à la vue de l'autrepôle. 
C’est une œuvre orphique. Elle ne 
procède cependant pas d'un orphisme à 
priori qui crée les formes ou interprète 
chaque apparition objective d’après 
l’orphisme du sujet. Du moins pas exclu 
sivement. C’est en somme une œuvre 
très objective pour autant qu’elle 
dépouille le caractère lyrique des objets 
en eux-mêmes des compléments natura 
listes. Elle exprime la nature transcen 
dante, le lyrisme des objets. Elle prend 
les objets comme point de départ et en 
donne l’essence : le lyrisme. C’est en 
cela que consiste l'objectivité de cette 
œuvre. 
Si l’on veut se rendre compte de cette 
objectivité, il ne faut pas tâcher de 
retrouver avant tout des objets dans 
leur manifestation épisodique-acciden- 
telle. Il faut se placer selon le concept 
primitif que l’on a de ces objets, à peu 
près de la manière suivante : que se 
représente l’enfant, en fait d’objets, 
lorsque les mots “ fête japonaise „ lui 
résonnent à l’oreille ? Une apparition 
changeante, mais où le motif revenant 
sans cesse est : l'exotisme, la bizarrerie, 
l’extrémisme des formes. Bien mieux 
qu’une vision méthodique, l'enfant con 
naît le caractère de ce thème. Il est 
subjugué par la somptuosité de l’exo 
tisme. Conquis par un lyrisme étranger. 
Il cherche les formes les plus bizarres 
pour projeter cette représentation. 
L’enfant sait : là tout doit être complè 
tement autre que dans le monde exté 
rieur où il grandit. La notion lyrique ; 
l'effort pour fixer cette notion et, avec 
cet effort, la supplantation dynamique 
des contours les uns par les autres ; la 
succession mille fois répétée de formes 
bizarres d’hommes, de plantes et d’ani 
maux ; rien qu’une réminiscence de 
l’essence des choses, de là difficulté à 
saisir les objets dans leur apparence ; 
par contre conservation continue du 
caractère, de l’être véritable ; lyrisme 
ascendant des formes, qui ne sont jamais 
claires quant au contour, mais qui sont 
toujours claires dans leur mouvement 
lyrique, voilà “ Fête japonaise „. 
On se rappelle : des milliers de pois 
sons d’une bizarrerie extrême, la singu 
lière silhouette de hérons ; plantes 
enchantées, petites femmes japonaises, 
tout cela mêlé : merveille de finesse, de 
fragilité. Mille et une nuits au Japon. 
Japonais : exotique et fin ; fête : ivresse 
des formes entremêlées. Ainsi les formes 
jouent sans jamais se lasser, formes qui 
suggèrent d'autres formes: dynamisme. „
	        
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