Full text: Ça ira (5 = 1920, août)

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ÇA IRA ! 
à juste titre que la Patrie devait les 
mieux payer que les fainéants se mor 
fondant en première ligne... Et ils sont 
sortis de la guerre, ceux-là, solidement 
syndiqués ; des exigences inassouvis- 
sables et sans cesse croissantes ; une 
large gueule et l’esprit vide... 
Les soldats, les vrais ? Ils sont morts, 
la plupart. Les autres sont brisés, n’ont 
plus qu’un courage très exténué, et se 
laissent vivre, pensant — fort justement, 
sans doute — que ce n’est plus à eux de 
combattre et que d’autres doivent 
"‘entrer dans la çarrière,,. Evidemment. 
Voilà pourquoi nous ne sommes plus 
que quelques-uns qui tentent de tenir 
vivant l'espoir ; quelques-uns moqués 
par ceux qui en 1914 ont trahi la cause 
de l’humanité ; quelques-uns à la foi 
ardente, et qui passent la tête haute au 
milieu de l’indifférence générale. Nous 
sommes ce qu’on appelle — en souriant, 
je l’accorde — les “partis avancés,,, 
les “ révolutionnaires ,,, ou, suivant la 
mode dernière, les “ bolchevistes „. 
Quels sont-ils, ces “ partis avancés,, ? 
Il y a d’abord, le socialisme officiel, 
qui, à notre avis, n’est pas beaucoup 
plus “ avancé ,, que le plus rétrograde 
des partis bourgeois. C’est le socialisme 
des Millerand, des Van der Velden, des 
Ebert. Pauvres socialos, devenus lèche- 
bottes du capitalisme ! — Cela doit te 
réjouir, Millerand, d’être l’humble servi 
teur du Grand-Maréchal Foch ? Et toi 
donc Van der Velden, trouves-tu que 
les valets du roi de Belgique soient si 
méprisables ? Et on a fort heureusement 
pu se débarrasser de Liebknecht et 
Eisner, n’est-il pas vrai, Herr von Ebert ? 
— Qu’avez-vous donc fait de votre 
intransigeance socialiste, vous tous ? 
Vos belles théories, où ont-elles donc 
passé ?... 
A côté du socialisme officiel, encore 
en partie conduit par lui, se dresse 
l’immense mouvement syndicaliste. C’est 
le parti “ des masses „ parti disposant 
d’une énorme force à cause du nombre 
de ses prosélytes, une force de laquelle 
toute action révolutionnaire devra tenir 
compte, quelle qu’elle soit, mais dont il 
ne faut rien attendre immédiatement, 
tant qu’elle sera conduite, en partie par 
le “ socialisme officiel,,, et en partie par 
quelques démagogues, énergumènes 
sans culture qui se contentent d’exciter 
ce qui, précisément, constitue un défaut 
de ia classe ouvrière : l’âpreté au gain. 
Car s'il est vrai de dire que l’ouvrier n’a 
plus son idéal révolutionnaire de na 
guère, il n’est pas moins certain que ses 
exigences en matière de salaires sont 
allées toujours croissant. Le mauvais 
ouvrier prétend gagner autant que le 
bon, et le bon veut gagner plus que le 
mauvais ; les syndicats rendent possible 
l’obtention de toutes les augmentations 
exigées ; d’où, cercle vicieux, ayant pour 
conséquence inévitable la hausse con 
stante des salaires et du coût de la vie. 
— Qu’on n’aille pas croire, toutefois, 
que nous sommes ennemi du syndica 
lisme : nous savons qu’il est nécessaire, 
indispensable, pour contrebalancer la 
toute-puissance néfaste du patronat. 
Mais, en l’état des choses actuel, il con 
vient de ne pas s’exagérer son influence : 
tant qu’il faudra obtenir des avantages 
pécuniaires, les syndicats marcheront, et 
déploieront leur force d’inertie qui est 
terrible. Mais pourra-t-on compter sur 
eux le jour où il faudra lutter pour la 
réalisation d’un idéal autre que la pièce
	        
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