Full text: Ça ira (5 = 1920, août)

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ÇA IRA ! 
Doublair dans une attitude indiscrète. 
Sa chair se troubla. Il murmura : Zut... 
Il avait envie de rompre. Cependant il 
hésitait, car il était bon d'avoir toujours 
une femme sous la main. 
Son ami Saturnin Laronce, celui-là au 
moins, était un garçon heureux, il était 
fiancé à une femme qu’il aimait sérieu 
sement. Il répétait bien souvent à Pierre: 
“ Ce qu'il te faudrait, mon vieux, c’est 
un amour qui se porte dans le cœur et 
non le flirt qui se porte à la boutonnière. „ 
Il avait raison. Les quelques femmes que 
Pierre avait rencontrées n'avaient adoré 
en lui que le dieu bouc ; mais autant il 
savait être indécent avec ces dernières, 
autant il était indécis en présence de 
celles qui faisaient tressaillir son cœur. 
Pierre Lortie avait un malheureux 
caractère. Il pliait comme un jonc sous 
les embûches du démon et d’une manière 
presque constante tout se tournait 
contre lui. C’était un névropathe. Non 
seulement il ne savait pas s’adapter aux 
circonstances, mais même, organique 
ment, il ne savait pas se conformer à 
l’ordre naturel. Ses nerfs agacés le 
menaçaient de déchéance s’il continuait 
à se confiner dans une existence de 
sybarite. 
A ce moment, quelqu'un frappa à la 
porte. 
Pierre se leva, la tête lourde, le pied 
endormi : “ Entrez... „ 
Une servante entra : 
— “ Monsieur Pierre, c’est une lettre 
pour vous. „ 
— “ Donnez. „ 
— “ On attend une réponse. „ 
— “ C'est bien, laissez-moi une mi 
nute. „ 
Pierre, du bout de l'index, ouvrit 
l’enveloppe et lut ces mots : 
Cher ami, 
Je suis libre ce soir jusqu'à 
dix heures. Veux-tu te trouver à 
8 heures au rendez-vous habituel. 
Cela me ferait grand plaisir, 
Angèle. 
Alors Pierre Lortie résolut, une fois 
de plus, de refaire sa vie. Il prit un bout 
de papier et écrivit : 
“ Impossible, chère amie, je dois 
assister, ce soir, à un match de boxe. ,, 
La servante disparut. 
Pierre se félicita de son prétexte 
comme d'une fine plaisanterie. Cet inci 
dent avait introduit dans sa journée un 
élément de distraction. Il alluma une 
cigarette et songea une dernière fois à 
Angèle en disant : En voilà encore une 
qui va me prendre pour une rosse. 
Paul NEUHUYS.
	        
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