Full text: Intervention surréaliste (1)

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Adhérant sans restriction aucune au Parti et s’appliquant aux travaux quotidiens qui 
leur étaient prescrits, la plupart d’entre nous trahirent une inadaptation qui leur parut 
à eux-mêmes et aux autres irréductible au point que le découragement ne tarda pas à 
se faire jour. 
Il conviendrait de rechercher avec quelque soin les raisons de cet échec. L’analyse 
ferait sans doute apparaître certains complexes spirituels qui suffiraient par leur seule 
présence à expliquer l’impuissance particulière dont nous- avons fait preuve. 
Mais ce qui importe ici, c’est d’infirmer définitivement les conclusions que l’on 
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a pu tirer de cette expérience malheureuse. 
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Laisserons-nous affirmer plus longtemps qu’en dehors de l’activité proprement dite du 
Parti, nulle activité révolutionnaire valable ne peut se développer à l’heure actuelle ? 
Ces possibilités existent, que nous devons faire nôtres. 
Il importe de nous appliquer au plus tôt à les' définir et nous avons cru que cette 
tâche si délicate ne se pouvait accomplir par une démarche purement intellectuelle, au 
prix d’une sommaire construction théorique générale. 
Le seul moyen que nous jugions efficace tient tout entier dans l’examen individuel 
le plus concret, le plus immédiat. 
A titre d’exemple, voici le résultat de quelques tentatives de cet ordre. 
PREMIERES PROPOSITIONS 
L’on semble accorder, dans les milieux révolutionnaires, une importance très grande 
à la poésie et à la littérature prolétariennes. Cette acceptation est pour le moins préma 
turée. Nous ne pouvons croire à son existence dans une société capitaliste qui a conservé 
jusqu’à présent le monopole de la connaissance et de la culture. La poésie et la littéra 
ture prolétariennes ou plutôt les produits qui anticipâtivemeu-t en tiennent lieu se sont 
accoutumés de vivre d’un certain esprit ouvriériste, de descriptions de scènes de misère 
ou de révolte. 
La confiance que nous faisons plus particulièrement aux moyens poétiques tels que 
nous les trouvons mis en œuvre chez Lautréamont et Rimbaud, par exemple, et tels que 
nous en usons depuis un certain temps déjà se justifie par les effets profonds que nous 
avons pu constater sur des personnes peu faciles à séduire. Elles ont pris une conscience 
singulièrement plus efficace des' nécessités révolutionnaires que tels' lecteurs petits-bour 
geois habitués à s’émouvoir, sans plus, à la lecture de pages décrivant le travail pénible 
d’un boute-feu ou les dangers et accidents de la mine. Appliquons-nous' donc à ouvrir 
toutes grandes les portes devant la poésie bouleversante que nous nous efforçons d’entre 
tenir à cette heure de fin du monde. 
L’INFAME 
Il est stupéfiant de se représenter combien l’influence des idées religieuses est encore 
vive dans les couches prolétariennes, même chez celles qui ont pris une certaine conscien 
ce des nécessités révolutionnaires. Le temps écoulé depuis la première révolution fran 
çaise, tout ce qui nous rattache à celle-ci, le règne déjà long de la démocratie bourgeoise, 
les mouvements de libre-pensée, l’instruction obligatoire, ne sont pas parvenus à extermi 
ner à fond l’idolâtrie et les pratiques dévotes. Dans des contrées comme le Borinage, par 
exemple, il est fréquent de voir les enfants d’un militant socialiste ou communiste faire 
leur première communion et ce même militant ne pas prendre ses précautions afin que 
l’on ne l’enterrât point avec les sacrements. Les exemples' foisonnent, qui vont du bur 
lesque à l’horreur. Ainsi, que dire de cette sinistre intervention de la prêtraille assemblée
	        

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