Full text: Intervention surréaliste (1)

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nore n’ayant fait de celui-ci qu’un moyen 
d3 distraction dont la complexité et les 
charmes, pour avoir séduit quelques fortes 
têtes, n’en restaient pas moins des prétextes 
aux pires falsifications). 
Il nous importait peu que quelques mélo 
manes s’abîment dans leur contemplation, 
mais voici qu’aujourd’hui, qu’il n’y a plus 
pour les esthètes de place dans le monde, 
qu’il n’est plus de démarche qui se puisse 
soustraire à l’obligation de participer à 
l’horrible combat où se joue le destin de 
l’homme, la musique soudainement est sor 
tie des cénacles et — tandis que dans les 
autres arts les esprits se sont divisés en 
deux camps ennemis, à l’image de la société 
même — qu’elle s’est mise toute entière au 
service des forces réactionnaires qui, dis 
posant pour sa diffusion des puissants 
moyens que l’on sait, s’en sont fait une 
arme insidieuse de répression intellectuelle. 
Une vague sonore de crétinisation déferle 
nuit et jour sur le monde; les polkas et les 
psaumes s’infiltrent partout, dans les murs 
et dans les têtes; un nouveau mode d’abê 
tissement est inventé. Les patrons des usines 
y vont de leurs encouragements, on connaît 
leur propos familier : pendant qu’ils font 
de la musique, les ouvriers ne pensent pas 
à nuire chose. 
Le sort des musiciens ne nous inquiétait 
guère, mais comment ne pas dénoncer cette 
nouvelle entreprise de détournement des 
travailleurs? Cette autre chose dont on 
voudrait les distraire et qui n’est rien de 
moins que la puissance et la grandeur de 
l’homme, ne sommes-nous pas à leurs côtés 
pour en hâter l’avènement? 
El plus loin, comment ne pas être tentés, 
considérant objectivement l’étrange pouvoir 
de fascination que la musique n’a jamais 
cessé d’exercer sur l’homme, le plus sou 
vent contre lui, comment ne pas être tentés 
de capter ce pouvoir et d’en faire un instru 
ment de connaissance, à son service? C’est 
à quoi quelques-uns s’appliquent, avec le 
sentiment profond de ne pas s’attacher à 
une œuvre vaine. 
André SOURIS. 
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MAX ERNST 
Jeune fille en robe du so : r 
LE DIALOGUE FOUDROYÉ 
BILLON : Que voulez-vous que j’aille faire clans ces amusements et 
ces parades ? 
GABRIELLE BOMPARD : Je m’éloigne du bonheur, de celui que l’on 
peut espérer dans ce monde infernal, mais peu m’importe. 
LIABEUE : En travaillant, je ne pouvais oublier l’idée de vengeance. 
BONNOT : Je meurs. 
(La foudre tombe. Les voix reprennent.)
	        
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