Full text: Intervention surréaliste (1)

93 
LES L 
Léon TROTSKY — Histoire de 
la Révolution russe (Ed. Rieder) 
Les partisans du conservatisme social, à la 
seule audition du nom de Trotzky sont pris 
de convulsions et écument comme des flics 
enragés. Depuis Lénine, nul plus que lui 
n’a eu le don, à mes yeux supérieurement 
significatif, de faire converger sur sa per 
sonne la haine sans cesse renouvelée de tous 
ceux dont la misère d’autrui est l’unique 
source de prospérité. L’abjecte et stupide 
image de « l’homme au couteau entre les 
dents » porte, pour le Français moyen à 
qui M. Yautel tient lieu d’appareil à ré 
fléchir, le nom de Trotzky comme légende. 
Une telle haine ne peut que le faire sourire 
en lui rappelant Lénine qui, dans les cris 
de ses adversaires de classe, avait la certi 
tude de voir juste. On pourrait s’étonner 
qu’à ces hurlements trop attendus se joi 
gnent les injures imprudentes de ceux qui 
furent ses compagnons de 1917 et font en 
core profession de révolutionnaires avertis. 
Cependant l’exilé de 1934 est, sans con 
teste, le même homme que le président du 
premier soviet que l’histoire du monde ait 
connu. La cause à laquelle il a consacré 
toute son existence est encore sa première 
raison de vivre. Dans « 1905 » comme dans 
l'Histoire de la Révolution russe, il défend 
les mêmes idées, la même idée devrais-je 
dire, celle qui lui vaut la colère de ses enne 
mis de toujours et de révolutionnaires d’hier 
— aujourd’hui champions inconsidérés d’un 
conservatisme social étendu à l’échelle in 
ternationale. Je veux parler de la révolution 
permanente. En effet, on ne peut pas douter 
un seul instant que cette formule sous le si 
gne de laquelle s’est accomplie la révolution 
d’octobre, bien qu’elle restât sous-entendue, 
s’oppose directement aux théories officielles 
de la III e Internationale affirmant que le 
socialisme se construit en U.R.S.S. cepen 
dant que l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, 
par exemple, voient le fascisme triompher. 
Sans parler de la France où il s’apprête à 
prendre le pouvoir. « La pensée humaine 
est conservatrice et celle des révolutionnai 
res parfois plus particulièrement » (1), note 
Trotzky. Le sort fait à la révolution per- 
V R E S 
manente suffirait à démontrer la justesse de 
celle assertion, sans qu’il soit nécessaire d’in 
voquer la crise révolutionnaire qui secoua 
toute l’Europe après la guerre et faillit em 
porter le régime capitaliste. Dans VHistoire 
de la Révolution russe, Trotzky, après avoir 
analysé et exposé la situation qui précéda 
immédiatement la chute du tzarisme, puis 
cette chute même, s’arrête longuement, dans 
le deuxième tome, à la discussion qui suivit 
l’arrivée de Lénine à Pétrograd. C’est là que 
pour lui se situe l’axe de la révolution rus 
se : dans le passage effectué par Lénine, 
de la « révolution démocratique-bourgeoi- 
sc » à la « dictature du prolétariat », consi 
dérée jusqu'alors par l’ensemble du parti 
bolcheviste comme une entreprise aventu 
reuse. L’auteur note à ce propos, se référant 
à de nombreux témoignages, que les diri 
geants du parti bolchevik et jusqu’aux inti 
mes de Lénine se trouvèrent un moment en 
opposition avec lui. Fallait-il stabiliser la 
révolution de février — qui venait de créer 
un régime de double pouvoir contrôlé en 
fait par la bourgeoisie — ou fallait-il orien 
ter le prolétariat vers la réalisation de ses 
propres objectifs. On sait que l’opinion de 
Lénine prévalut et que la dictature du pro 
létariat entra dans le programme bolchevik. 
Les « journées de juillet ». La préparation 
et le début. Les « journées de juillet ». 
Le point culminant de Vécroulemcnt. Les 
bolcheviks pouvaient-ils prendre le pouvoir 
en juillet ? — Le jnois de la grande calom 
nie. — La contre-révolution relève la tête. — 
Kerensky cl Kornilov. — Les éléments de 
bonapartisme dans la révolution russe. — 
La conférence d'Etat à Moscou. — Le com 
plot de Kerensky. — Le soulèvement de 
Kornilov. — La bourgeoisie se mesure avec 
la démocratie. — Les masses exposées aux 
coups. — Marée montante. — Les bolche 
viks et les soviets. — La dernière coalition. 
Tels sont les chapitres du troisième tome de 
cet ouvrage qui s’arrête à la veille de la ré 
volution d’octobre. Le problème capital du 
front unique y est exposé avec la solution 
(1) Histoire de la Révolution russe, t. II, 
p. 138,
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.