Full text: Littérature (2 (1920), 16)

Si les mots sont des signes 
ou 
«Jacob Cow le Finale ( " 
(Fin) 
V. JACOB COW LE PIRATE. 
Mac Orlan avait coutume de raconter qu’étant 
tombé, avec ses marins et ses nègres, aux mains de Cow, 
ce pirate les fit ranger sur le pont. Il passait ensuite de l’un 
à l’autre : 
« Comment t’appelles-tu ? 
— Dick Smith, de Chicago. 
— Bien. A la mer ! » 
On jette Dick Smith. Quand’c’est au tour de Mac Orlan : 
«Je m’appelle Jacob iCow », dit-il. 
Alors, tant est grande la terreur que ce nom inspire, Jacob 
Cow lui-même regagne en hâte son bateau corsaire, fait 
larguer les voiles et disparaît. 
Nous en usons avec les mots comme si Jacob Cow 
à chaque fois devait s’enfuir. Aussi bien est-il des termes 
défendus, ceux qui touchent aux diables et aux bêtes dange 
reuses. Belette n’offre qu’un compliment : petite belle 
l’autre nom étant égaré. Les anciennes maladies qui revien 
nent, c’est sous de nouveaux mots: la censure, l’an dernier, 
interdisait que l’on parlât de peste. Et les jeunes filles, 
à qui l’on parle la première fois, refusent de nous aban 
donner leurs noms (redoutant de donner ainsi quelque 
prise sur elles). « Je n’avais jamais eu le cafard, dit Alcée, 
avant de connaître le mot». Etrange exigence, à tout 
moment menacée, à tout moment maintenue: nous ne sup 
porterions plus de parler, faut-il croire, si les mots un 
instant cessaient d’être les choses mêmes. 
Cow cependant, dans le vrai ne s’enfuit pas. 
Béril ne se laisse pas séduire à la rime, non plus qu’à la 
réclame du sucre. «Ils nous achètent», pense-t-il. 
(1) Voir les n os 14 et 15.
	        

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