Full text: Littérature (2 (1920), 16)

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descriptions anatomiques ou botaniques, qu’une de ces deux positions 
sentimentales. Il est permis de dire que tout va mal, précisément parce 
qu’on connaît un bien.(dont on se réserve ordinairement l’exclusivité). 
Enumérer des apparences sans les avoir mensurées avec l’étalon tournesol, 
est un crime impardonnable. Je suis aigri. 
Au fait, j’ai des réactions acides, et cela m’évite la tuberculose sus 
pecte de tendresse pour moi, et me donne des nerfs qui parfois servent 
de cordes à arc. Je suis aigri parce que les flèches portent trop juste. 
Raté. Evidemment. Une musaraigne est un éléphant raté; un éléphant 
est aussi une musaraigne ratée. Mais l’un désirait-il l’autre ? 
Peut-être me désirait-on au rang de David, de Victor Hugo, ou plus 
simplement de Monsieur Maurice Denis. C’est gentillesse, qui me touche. 
Je suis plus exigeant. Impératrice de Chine, Néron, un Pape, au besoin 
le dernier, cela a plus de relief, mais ne me suffit pas davantage à moins 
d’être le tout à la fois. Et là encore, hélas, quelle tristesse. Pour l’heure, 
je préfère mes plantes des Alpes réunies comme dans un harem. 
Un seul vœu: dormir ; , dormir, dormir. 
Entre deux aigreurs, quel charme de savoir ce que se dit autour de la 
Table. La Table voyage. Elle va de San Remo à Spa, doux lieux. 
Elle n’a pas encore été aux Iles Marquises ou à Malabar. Mais elle est 
le Pôle et l’Equateur à la fois. 
La vieille manucure qui représente la France y vient faire sa besogne 
avec le petit jeune homme qui a un ventilateur dans la tête, collé à l’An 
gleterre, et l’astronome qui compte les étoiles que vous avez au fond de 
vos poches, à la florentine. Les autres sont tour à tour chiens pisseux 
ou excités et maquereaux homo-sexuels. 
On règle le compte de cette étonnante femelle aux reins robustes et 
rompus, dont la chaleur subsiste et suinte jusqu’en ses sourires de style 
chaste. La vieille manucure qui s’y connaît lui tâte ventre par l’intérieur, 
parle du Saint-Esprit et exige qu’on lui remette les ovaires de la belle 
et ses trompes pour y souffler la Marseillaise. Le petit jeune homme qui 
lance de l’air vif par les narines et l’anus, pense qu’avec les poils des 
aisselles on peut faire de la toile, et exploiter de belles mines d’or dans 
les mâchoires. L’astronome regarde dans les yeux de la femme, y voit 
comme partout des étoiles que les cartes du ciel n’ont pas encore men 
tionnées. Il imagine l’accouplement: « Comme nous pousserions de beaux 
cris, tous les deux ! » — Quant aux chiens pisseux, suivant leur vocation 
qui est de puiser des projets dans un derrière qu’on renifle, ils savent que 
celui d’une ennemie sent toujours bon, et qu’on y peut satisfaire ses désirs 
à bon marché !
	        
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