Full text: Littérature (2 (1920), 16)

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C’est un triste concert. Nous voici en été. Les soirs sont lourds et 
tristes. Les musiques que l’on entend sortir de la bouche des égouts 
lorsqu’on longe les trottoirs pour y gagner sa vie au hasard des porte- 
monnaie chus suivant ce que lès poètes appellent la loi de pesanteur, 
sont d’une sensualité de cul sale grattés à deux doigts. Une langue amou 
reuse vous introduit de la métaphysique dans la bouche et la langue 
indigène fait grincer contre les dents un sable métaphysique’. Le cornet 
du téléphone fait dans l’oreille des taches de graisse. Isadora Duncan 
danse la musique qu’un nécrophore stérilise au nom de Chopin. Mais 
je vois le fil du téléphone entre ses jambes, et une sonnerie éclatante 
enveloppée dans de l’ouate précipite des nuages qui abritent les obscénités 
des chérubins la peau des muses en fin de scarlatine. En descendant les 
marches de l’escalier de la rue du Dôme on passe de la zone de la 
vanille à celle de l’oignon. Mahomet tombé de son wagon est un poëte 
réaliste. — Vous ne croirez jamais que je suis Mahomet ? — Toujours 
on va du chaud au froid et du froid au chaud, et l’on reste marchand 
de citron. Le poëte anti-poëte lui-même vend du citron. C’est pourquoi 
je ne casse pas les vitres des réverbères ou n’insulte pas les concierges. 
Je suis dame d’honneur d’une reine. 
Une reine n’aime que son propre visage. Mais non tel qu’il est le 
matin. Elle lui peint jusqu’à l’intérieur des yeux. Ce qu’elle aime, c’est 
son œuvre — non telle qu’elle est — mais transposée, renversée et ren 
voyée par le miroir — non telle que celui-ci la retourne — mais sous 
le voile du souvenir de Babylone, des Evangiles, de Sapho, de Watteau 
ou de Femina. 
Ainsi se repose une reine — et dit la yérité à tout le monde sauf 
à soi-même. Le plus doux mensonge on ne l’adresse pas à son mari, 
à sa maîtresse, à son père ou à son ami. Mais à soi-même. N’est-ce pas, 
poëte ? Un facteur l’apporte auquel on donne un pourboire. Un regard 
s; pur, si pur. 
Le canapé du pharmacien est langage sans pensée, et non pensée sans 
langage. Le premier regard est mensonge. Le premier mot le rend inef 
façable. Dieu n’a pas créé le monde ni l’homme; il a créé le langage. 
Il est le menteur par vice congénital. Il se promène la main entre les 
cuisses et donne à la blanchisseuse la trace de ses mensonges. 
Ni les larmes, ni la salive, ni la sueur, ni l’urine, ni le sperme lui-même 
ne peuvent oxyder l’effet de la jouissance du Dieu turbine. 
Toute investigation dans le domaine colonial est vaine. Le cacao, 
l’oiseau-lyre et romithorinque ne sont que des timbres-poste dont quelques 
fonctionnaires tiennent une Bourse.
	        
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