Full text: Mémoires d'un Dada besogneux de l'armistice a 1925

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MÉMOIRES D’UN DADA BESOGNEUX 
pour me plier à cette philosophie. Cepen 
dant nous marchions toujours. Les gens 
qui aiment la marche disent naturellement 
que c’est un exercice excellent pour la 
santé. Mon compagnon l’aimait; il ne s’in 
quiétait pas de mon opinion, ni si je traî 
nais la jambe. Je la traînais donc stoïque 
ment, au milieu des campagnes françaises, 
au sein de blés verts, mais qui mûriraient 
à 74 francs l’hectolitre, en vertu des déci 
sions de notre gouvernement. Cela semblait 
leur inspirer d’eux-mêmes une opinion 
avantageuse. 
Et puis ce fut un bois, et après ce bois 
d'autres champs de blé d’une opulence dé 
sastreuse, et des prairies où paissaient des 
bœufs dont il ne fallait qu’une vingtaine 
pour faire cent mille francs. Leur physio 
nomie était poétique. Tous ils regardaient 
le ciel : car les bœufs, aujourd’hui, ne se 
soucient plus des trains, ils ont l’habi 
tude, mais ils s’étonnent encore des aéro 
planes.
	        

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