Full text: Mémoires d'un Dada besogneux de l'armistice a 1925

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MÉMOIRES D’UN DADA BESOGNEUX 
le mieux, c’est les feuilletons. Surtout les 
feuilletons qui paraissent en livraisons, 
parce que c’est plus long. Mon rêve, ce se 
rait un roman si long, si long, qu’il ne fini 
rait qu’à ma mort, qu’il y en aurait jusqu’à 
mon dernier jour. C’est ma vie, ma vraie 
vie, ça. Et je ne la connais, la vie, que de 
cette manière : je n’ai jamais pu sortir de 
cette chambre, je n’en sortirai jamais, je 
ne me marierai pas non plus, vous pensez 
bien... Alors j’aime à m’imaginer le bon 
heur qu’il y a dans les livres, et toutes ces 
belles choses que je ne connaîtrai jamais. 
Une demi-heure par jour, je ne suis pas 
Elise : je suis la jeune fille pauvre et mal 
heureuse, mais qui deviendra heureuse, qui 
entrera, à la fin, dans un monde de joie et 
de luxe, un monde extraordinaire et magni 
fique. Un monde où il y a des riches, un 
monde où je suis aimée par quelqu’un qui 
n’est pas de mon monde, qui est très beau, 
qui parle bien, qui a une automobile, qui 
m’emmène sur un navire à lui dans des
	        

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