L’ŒUF DUR 
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— Et moi, je joue du trapèze comme un chat d’une souris. 
Pour ne pas trop le provoquer, elle se contenta de souligner : 
— Votre image est inadéquate, et se plongea dans l’occupation 
de savoir si réellement les ronds de fumée bleue pouvaient devenir 
des pneus grisâtres, comme aux placards de Michelin. 
Il n’avait pas relevé la leçon. 
Elle s’étonnait en elle-même qu’il n’eût pas observé qu’elle 
voyait à travers son écharpe et n’avait pas livré son amour aux 
bévues possibles d’un vrai colin-maillard. 
Lui la contemplait. 
Les bras à moitié nus le tentaient ; mais il haïssait le hasard et 
voulait ne pas devoir une joie au sort bête qui aurait pu la donner 
à un autre. 
A s’en aller tout de suite, il serait impertinent. Cela importait 
peu. Mais il regretta d’avance les pièces chaudes, les fauteuils 
où il l’aurait regardée de longues heures avec ses yeux verts, 
ses cheveux dorés et son corps adorablement composé. 
Les paroles dont elle avait vanté sa peau et sa chair tapaient 
à son tympan comme de folles abeilles. 
Même il se vit jaloux. 
Il songea à la tuer. Le poème tournait au romantisme. 
Heureusement elle lui disait : 
— Vous ressemblez à Marsyas, Jean-Pierre. Aimez-vous le 
vieux-temps ? 
— Pas le moins du monde. Jeannine. Mais j’aime mieux 
vous laisser. 
Et écartant la tenture, il la dépassa, puis, comme un loup, 
revint se dissimuler derrière les plis lourds et épais. 
Jeannine se sentit très douloureuse. 
Elle crut trouver. 
— Peut-être est-ce que je n’ai pas connu beaucoup de livres ? 
Elle attirait déjà à elle une table tournante pleine de bouquins. 
Jean-Pierre devina qu’à chaque volume lu, il l’aimerait 
moins. L’envie lui monta aux lèvres de crier : 
— Jeannine, Jeannine, je suis là, mais il lui déplaisait de 
paraître en Néron. 
Il s’écarta, il ramassa l’écharpe jetée dans la pièce attenante 
au moment de sa prise. Il la baisa passionnément. 
— Pourquoi ne m’as-tu pas volontairement moi seul aimé. 
Par souci de pèlerinage, il l’essaya à son regard, il y voyait. 
— Jeannine ! 
Elle lisait. Après trois pages elle s’arrêtait. L’appel de son nom 
l’immobilisa de joie. Jean-Pierre revenait. Elle ferma les yeux.
	        
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