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L’ŒUF DUR 
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d’ouvrir toutes les fenêtres. Et les persiennes de battre joyeu 
sement. Les passants lèvent la tête, s’arrêtent. Une foule s’amasse 
et soudain arrachée à la résignation de son chemin quotidien 
réclame à grands cris du nouveau. 
Régis traverse, le manteau sur la tête, l’appartement des 
glaces, mais il débouche sur le balcon, il se voit dans les deux 
yeux du peuple. 
Oh ! l’exclamation déchire la foule qui se donne à l’homme. 
Il brandit une chaîne qu’il brise ; la corporation des débar 
deurs mesure sa force en un clin d’œil. 
Dans l’émerveillement des autres, il se voit tel qu’il est devenu. 
Tous les regards se croisent en lui qui grésille et s’allume comme 
un lacet sous un verre où le soleil a ricoché. 
Oubliés les livres, sauf quelques maximes, le suc même de 
la terre, il coule dans ses veines. Régis est prêt à régner sur la 
nature humaine, antique forêt qu’il réduit au portique du gym 
nase et à ses multiples combinaisons. Il va bondir de branche 
en branche, d’agrès en agrès. 
La soumission est prompte. Un remous se creuse dans le 
peuple. LTne dalle se découvre où gisent deux cadavres : celui du 
geôlier qu’il leur a donné, celui de l’usurpateur qu’ils lui donnent. 
Puis les femmes impatientes grimpent sur ce degré pour le mieux 
regarder. Il se mire. 
Il voit son ventre plat comme un tambour, ses deux bras et 
ses deux jambes, longs et tressés, qui peuvent se développer 
en tous sens comme les membres multipliés d’un mythe. Et de 
tous ses organes, par un sens intérieur, il distingue la complexité. 
Il se voit jusqu’à ses épaules qui débordent à droite et à gauche. 
Il se voit sans visage. Où est sa tête ? Il n’en a plus. Mais il 
sait sa force et que déjà ce lien souple resserre les forces de cette 
foule qui plie. 
Il a oublié ce visage qui autrefois était pour lui toute son appa 
rence. Il l’opposait, autre miroir et plus trompeur, à un miroir. 
Ces jeux de glace étaient compliqués, vicieux, exténuants. 
A une illusion, il préfère aujourd’hui une autre illusion. Il ne 
sait pas s’il est beau ou laid. La beauté il ne la veut connaître 
que chez les autres. Il tient à bout de bras les plus belles formes, 
quand se contractent à son approche les femmes, la foule. 
« Qu’on brise tous les miroirs. »
	        
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