Full text: 2e année 1920, juillet/août = No. 15 (2(1920), juillet/août = No. 15)

Mais qu’est-il besoin d’aller chercher 
Agrys. Myre dit: «On a bien raison de les appeler des 
protestants, ils protestent tout le temps » et Béril : « Savez- 
vous pourquoi je ne peux pas souffrir les menuisiers ? C’est 
parce qu’ils me nuisent ». Répondra-t-on que Béril veut rire, 
je ne suis pas sûr qu’Agrys parle sérieusement. Toute la 
science du monde quel droit peut-elle ici fonder ? Tel mot 
a changé de sens, c’était pour échapper à sa première erreur 
ou confusion (ainsi ne trait-on plus une image, les cheveux, 
les yeux de la tête, mais le lait seul)-; tel autre, ç’a été à 
la faveur d’une confusion nouvelle, d’un jeu de mots : en 
sorte que l’étymologie exacte nous va renseigner sur son 
sens moins exactement que ne fait l’étymologie supposée 
(legs, de la sorte, ne reçoit pas sa signification de laisser, 
dont il sort, mais de léguer, qu’il imite). 
Il reste que cette éymologie, où elle 
use de mots épuisés, court peu le risque d’être prise en 
défaut: nul de ces mots que l’on puisse retrouver, l’instant 
d’après, muni d’un sens trop différent (comme il arrive pour 
le calembour) — Mais ceci est déjà question de mesure, et 
de réussite: et précisément de la réussite de cette conviction, 
de ce souhait — dont relèvent pareillement l’analyse du 
grammairien, les jeux de mots divins de la Pythie — que 
les pensées et les mots sont confondus au point qu’il n’est 
pas un fragment de mot qui ne conserve, en toute aventure, 
SON fragment de pensée. 
L’on parle volontiers du 
charme de la rime: faute, peut-être, de raisons. Il ne nous 
surprendra pas, il entre dans la ligne exacte de nos remar 
ques, que la tâche de cette rime soit de fonder, pour un 
moment, une prétention des sons voisins aux pensées voi 
sines — et flatter par là notre souci d’un langage parfait. 
On ne lui ferait point reproche, à l’occasion, de nuire au 
sens, si l’on n’avait compté qu’elle le favoriserait. L’on 
n’aurait pas cette déception, si l’on n’avait eu cet espoir. 
(A suivre) 
JEAN PAULHAN.
	        
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