Full text: 8 = 1920, novembre (8)

ÇA IRA ! 
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NOTULES 
Les Livres 
Deux livres d’Edmée Delebecque : “Dans 
la solitude du cœur“ et “Psaumes traduits de 
VHébreu" (à Paris, chez Delesalle). 
Aléa jacta ! Les femmes ont arraché les 
portes de gynécée. Elles seront dorénavant 
les égales de l’homme. Et, cependant, nos 
contemporaines sont indignes de cette éman 
cipation. Elles dansent trop. Elles ont, pauvres 
perruches vicieuses, instauré le règne de la 
frivolité. Aussi, ce nous fut un vif plaisir de 
rencontrer, parmi les fox-trottantes, une con 
sœur vivant mieux. On ne dira pas : ‘'Elle est 
gentille, elle est jolie". On ne lui demandera 
pas l’adresse de sa modiste ; on ne jugera pas 
ses romans selon les faveurs qu’elle accorde 
au sexe fort. — Edmée Delebecque a composé 
une œuvre probe. 
Sans discuter ses opinions qui ne rallieront 
pas tous les suffrages, nous pouvons discerner 
son tempérament : fougueux, enthousiaste, 
romantique. Elle aime profondément la nature. 
Elle a le don généreux du sacrifice et le bon 
heur de l’humilité. Mais sa joie n’est jamais 
sereine. Son“ idéalisme est trçp matérialiste. 
Elle pleure beaucoup et cette faiblesse n’est 
pas conciliable avec l’énergie qui provoque, 
dans la Solitude du cœur, des explosions de 
grand lyrisme. Elle manque d’unité. D’ailleurs, 
les espoirs, qui tentent l’esprit d’Edmée 
Delebecque, sont immenses. Elle désire tout 
le bien, et cela excuse sa technique inexpéri 
mentée. On écoute, avec respect, le souffle qui 
anime ses poèmes, souvent déshonorés par des 
Times fades ou des expressions obscures. 
Dans la solitude du cœur et les Psaumes 
(ceux-ci se distinguant par une bonne compré 
hension du texte hébreu) constituent une 
précieuse promesse. W. K. 
❖ 
Les libellules crucifiées par André David 
(à Paris, chez Jules Meynival). 
André David est capable des plus pures 
sacrifices et redoute la moindre souffrance. 11 
pense, avec amertume, au passé qu’il admire et 
ne songe pas au futur qu’il craint. C’est une 
âme ardente et un cœur faible. Il paraît blasé. 
Il se nourrit de lamentations qui sonnent faux 
dans sa bouche. Le mal du siècle atteint sa 
jeune vigueur. Au lieu de courir à l’aventure 
et de ne pas marchander son enthousiasme, il 
mesure ses élans, il tergiverse. Ignorant la vie, 
il la discute partialement. Entre sa pensée et 
ses actes, il cherche toujours une harmonie 
qu’il ne trouve pas. Il pleure et ces pleurs, 
vains comme des mensonges, aigrissent encore 
le tempérament du poète, qui se trouble et ne 
tâche plus à s’analyser lui-même. L’erreur 
grandit. On dit gentiment des choses anodines 
et on cache, sous son affectation un triste 
irréalisme. 
André David proclame : 
Que m’importent la bonté des matins, 
la faiblesse des soirs, 
l’eau caressante vers laquelle 
se courbent les jeunes herbes, 
tous les beaux jardins sous la lune chagrine ; 
Puis, il cisèle les strophes d’amour frêles 
comme des haïkaï ; il parle ensuite de bibelots 
ou de la mort, sans plus insister, et crée, ainsi, 
une œuvre disparate, ou faillit, de temps à 
autre, un cri de joie ou de fervente communion 
avec la nature : 
les amendiers sont en fleurs, 
et l’herbe est molle et fraîche 
et enfonce sous ses pieds. 
Notre terre est belle, mon Dieu ! 
Je suis heureux d’y vivre...., 
tempéré, imédiatement par ce tragique aveu : 
Mon Dieu, je vous supplie d’ordonner ma vie, 
de faire qu’elle me sourice ! 
Le style, sans doute, se ressent de ces chocs. 
Les poèmes gagneraient à être maniérés et 
plus concis. Â lire ces strophes amples, ondu 
lantes, parfois désunies, on dirait que les vers 
ont peine à se former. Ils hésitent, et le rythme 
se déssine confusément. 
Mais il sera facile à André David d’écarter 
ces caillous d’achoppement et d’obtenir après 
un léger effort, "la couronne de poésie qu’il 
peut mériter". W. K. 
* 
* * 
Petites filles par Henri de Chalys (Assoc. 
des jeunes Littérateurs et Artistes français). 
Monsieur H. de Chalys s’attache à dépein 
dre les petites filles qui 
“Se livrent en cachette 
aux jeux délicats de Sapho.“
	        
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