Full text: 8 = 1920, novembre (8)

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ÇA IRA ! 
HBagEreaagMii—Mw 
opiniâtre, raisonenuse" ét ces trois qua 
lificatifs pourraient servir de base à tout 
le développement futur du tempérament 
stendhalien. 
II. faut considérer encore, et surtout, 
la première enfance de Beyle, toute en 
surveillance et contraintes s’opposant 
à ces tendances naturelles. Ce que 
dispense de douceur et de sensibilité 
plus fine la direction maternelle ; ce que 
fait rayonner dans une vie d’enfant, la 
grâce et la douceur d’une femme char 
mante, il s’en trouva dépourvu à sept 
ans. Trop tard, pour qu’il ne s’attristât 
point, du changement, et trop tôt pour 
qu’il eût en lui de quoi s’en passer. Il se 
trouva donc, sans défense et sans moyen 
de résister, autre que le reploiement en 
lui-même, livré aux froideurs et aux 
hypocrisies fades d’éducateurs de pro 
vince Son père ne fût jamais pour lui 
qu’un étranger aimable, et les parents 
qui lui restaient, — du moins la plupart, 
<— ne l’aimaient pas. Il sut le leur rendre. 
Mais il y perdit l’expansive vivacité des 
enfants et leur spontanéité. Que sa 
nature fut avide d’émotions douces et 
de caresses ; que sa sensibilité se bles 
sât irrémédiablement aux laideurs et aux 
vulgarités environnantes, voilà ce dont 
personne ne se souciait. Il ne s’agiesait 
que de le limiter à ce qu’admet ou 
souhaite la mesquinerie de la tradition 
bourgeoise. On voulut le brider, l’amoin 
drir moralement. Et combien de chances 
y avait-il qu’il en réchappât ? Mais il 
s’est fait que Stendhal, meurtri cruelle 
ment, résista. Il se raidit et contracta 
peu-à-peu et dès lors, son habitude de 
vie intérieure, sincère, absolument et 
volontiers cynique. De ce cynisme, man 
teau quelquefois des âmes trop tendres. 
Il s’arrangea pour vivre ainsi jusqu’à 
16 ans. 
Paris s’offre alors à lui, et pour la 
première fois de sa vie, Stendhal se voit 
libre, avec qu’eile ivresse ! Mais, s’il 
s’enthousiasme alors, ce n'est pas de 
l’exaltation inférieure d’ambitieux. A 
16 ans, l’est-on d’ailleurs jamais ? On 
peut se plaire à se l’imaginer ; mais on 
croit projet d’ambition ce qui n’est que 
désir d’activités. Peut-être, d’ailleurs, 
quelque ambition vivait-elle déjà en 
cette âme singulière. Toutefois, il y 
avait surtout, dans sa joie de toucher le 
sol magique de Paris, la détente d’une 
sensibilité jusqu’alors prisonnière. Il y 
avait, après le désir, l’espérance de 
participer aux voluptés de la passion 
et du sentiment comme aux luttes des 
idées. 
C’est alors que vinrent au jour, les 
marques, gardées par Stendhal, d’une 
enfance âprement défendue contre le 
mensonge et la vulgarité provin 
ciales : 
Il vint à Paris accoutumé à contenir 
en lui les plus chères de ses émotions, et 
à se refuser de traduire ses pensées les 
plus naturelles ; à n’être jamais compris ; 
à vivre en inconnu parmi les siens. Il 
apporte donc un cœur sur la défensive 
et pourtant avide de se livrer, en même 
temps qu’une intelligence ironique et 
peu indulgente aux hypocrisies de tout 
genre, dont il a trop souffert.... 
La vie dans la société parisienne ne 
changera plus rien aux particularités 
essentielles de sa personnalité, qui est 
déjà contenue toute dans l’aspect qu’elle 
revêtait en 1799, lorsque Stendhal quitta 
Grenoble. L’homme d’esprit qu’en 1824 
on cherchait à pénétrer est le résultat
	        

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