Full text: 5(1924), Janv.-Fév. = Nr. 35 (35)

Î)BIEÜ;LA ROCHELLE 
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poil dont ils étaient autrefois tout couverts et que ce fusil soit agrémenté 
d’une sorte de couteau qu’on appelle baïonnette. Celui-ci rappelle le 
glaive et les travaux qui ont rempli les annales jusqu’à l’avant-dernier 
siècle. Alors deux hommes ne se donnaient la mort que de la main à 
la main, qu’après s’être un peu tâtés, peut-être regardés. Ils avaient, 
je l’imagine, le temps de se connaître, et l’âme de celui qui l’emportait 
s’augmentait de l’âme du défaillant. 
J’avais vu dans l’œil de Guy, lors de l’incident du charretier, briller 
un sentiment vigoureux et inutilisable comme ce fer antique attaché à 
une moderne machine à tuer. 
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Mais nous étions arrivés au bar où Guy passait tous les soirs. 
Le paltoquet, vêtu de gris londonien, se jouait d’un fétu. Il feignit 
de s’étonner et de s’amuser de nos aventures. 
Guy était fort gai et tout à son aise, lampant les cocktails avec en 
train. 
Pour moi, il était sept heures du soir. Les hommes ne travaillent plus ; 
la soirée sera surprenante. 
Ablain était galvanisé par les violents événements qui auraient pu 
survenir, et redressé dans son veston, se faisait l’effet d’un demi-solde, 
coriace amateur de plaies et bosses. 
D’autres s’étaient joints à nous. La Marche se pencha sur le palto 
quet et, avec deux doigts, tira de sa poche un petit livre. 
« Ah! Ah! jeune poète, nous y voilà donc. » 
Du coin de l’œil, j’aperçois le titre : Pattes de Mouches. Cet exem 
plaire, sur Japon, porte une dédicace : 
A Guy La Marche, 
La beauté est la seule gloire.
	        
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