Full text: 5(1924), Janv.-Fév. = Nr. 35 (35)

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NOUS FUMES SURPRIS 
Mais on ne peut expliquer seulement La Marche par ces futiles mots 
d’ordre. Et ses désirs? 
Les premiers mouvements du cœur sont faibles, imaginaires, et tien 
nent au jeu de l’esprit, si vif que soit l’élan des sens. La coquetterie 
est une sphère illusoire où La Marche s’encagea. Plein de secrets con 
tradictoires et de périlleux retours est le goût de la séduction. Celui 
qui aime trop séduire, peut en venir à ne plus exiger de prendre. Certes, 
la séduction est le premier mouvement vers la possession, mais c’est 
d’abord un plaisir de l’attente. Tel séducteur qu’on a pu croire d’abord 
animé par le désir de prendre, on ne le voit jamais rien saisir, mais il 
s’empêtre dans ses propres charmes. 
Dans ce bar où le paresseux revenait toujours, il s’aperçut que la 
coquetterie ne connaît plus de frontière. Il était prêt à exercer son pres 
tige sur n’importe qui ; il l’exerça sur ceux qui l’entouraient, ces hommes 
qui lui laissaient entendre que son corps, comme son esprit, était bien fait. 
Le jour où un geste plus précis de l’un d’eux, tout en le faisant sur 
sauter, lui décela qu’il avait pris des habitudes, il recula un peu, mais 
il ne trouva rien derrière lui pour s’appuyer et repousser ce qui insen 
siblement s’était rapproché de lui. 
Les mœurs sont faciles, douces, sournoises. Tout est permis. Le nou 
veau est recommandé. Son père ni aucun homme n’avait joué un rôle 
quelconque dans son éducation. Sa mère, sa sœur, n’avaient que leurs 
caresses délicates. Au lycée, des fonctionnaires, hâtivement et distrai 
tement, lui avaient indiqué de jolis passages à lire dans les livres. Per 
sonne pour saluer en lui une dignité naissante, celle de l’homme. A 
dix-huit ans, quand La Marche, après avoir raté son bachot et piétiné 
quelques mois dans une caserne de province, fut jeté dans une grande 
catastrophe truquée, une offensive de printemps, il n’avait pas grand’- 
chose à perdre. S’il avait été abattu, il aurait laissé tomber sur le sol 
un maigre fruit. Dans l’anonymat désolé des foules, des armées, la mort, 
en retournant ses poches, aurait découvert un snobisme désintéressé, un
	        

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