Full text: 5(1924), Janv.-Fév. = Nr. 35 (35)

PAUL ELUARD 
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dissimulez? A l’orée de quelles forêts encore libres, Petrus Borel, vous 
embusquez-vous le fusil à la main? Ainsi qu’un oiseau de haute mer 
lancé à toute volée contre un phare vous mourûtes, Gérard de Nerval. 
Lautréamont, nous relevons en votre honneur l’épithète de fou dont on 
crut faire une injure! Charles Baudelaire, Edgar Poë, quelles chairs 
nocturnes vous charment maintenant? Germain Nouveau, sur quelles 
routes incalculables cheminez-vous dans l’éternité? 
Mais je ne parlerai pas que de vous, palais emphatiques du génie, 
j’irai presque dans les charentons décriés chercher des raisons d’espoir 
en l’avenir de nos cerveaux et de mépris pour nos petits hommes de 
Panthéon ! 
Le mysticisme et l’humour sont en général les deux caractéristiques 
des productions des fous. Je citerai, à titre d’exemple, ce poème d’une 
folle de Pologne. Elle s’appelait Anne-Ilda Salon. Elle mourut il y 
a quelques mois à l’asile de P... (Pologne) (1). Elle avait vingt-quatre 
ans, elle se croyait un homme et, habillée d’oripeaux multicolores, pré 
tendait présider une sorte de cour littéraire; née d’un Français et d’une 
Polonaise, la plupart de ses poèmes sont écrits dans notre langue : 
Je je suis suis le le roi roi 
des Montagnes 
J'aime les seins seins et les doigts 
doigts doigts doigts doigts 
de ma maîtresse 
Amour vers vers qui languissent mes 
pensées pensées pensées pensées pensées pensées pensées 
Le sire de Coucp Coucÿ 
cest c'est moi 
(1) Je dois la plupart des documents originaux dont je fais usage k l’obligeance du D r Rozé, 
qui séjourna plusieurs années en Pologne où il dirigeait l’csile d'aliénés de P...
	        
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