Full text: 5(1924), Janv.-Fév. = Nr. 35 (35)

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LE ROMAN 
feuilles ibres 
LE ROMAN 
LEWIS ET IRENE, par Paul Æo,and, (Bernard Grasset édit.). 
Modifiant son parcours favori, Paul Morand s'est essayé sur la 
longueur du roman. Il s'agissait de retenir son souffle, de freiner sans 
cesse pour conserver un mouvement uniforme au récit, d'apparier deux 
silhouettes et de les faire jouer l’une sur l’autre (au lieu d’en élire une et 
de laisser l’aventure et le milieu la gonfler jusqu’au “type"). A ces points 
de vue, Lewis et Irène sont une réussite. Néanmoins, cette réussite 
me gêne, un peu comme un échec. Certains auteurs gagnent à la 
preuve qu’ils ne sont pas capables de tout. Cette preuve-là Morand 
mettra longtemps à nous la donner. Sa souplesse se joue de tous les 
obstacles. Il a voulu écrire un roman. Ce dernier saut de haie corres 
pondait sans doute au désir d'une estimation plus complète. La mode 
qu’il a toujours si joliment malmenée, tout en la servant, l’a entraîné 
cette fois sur une piste tendre et facile où les fleurs vous cernent à 
l'arrivée. Encore faut-il avoir le cœur solide. 
Le grand reproche que je ferai à Lewis et Irène c'est une absence de 
rayonnement et de pédale. Le théorème sentimental y est démontré 
à l'aide de mots chiffrés et de formules. Il semble que ce soit Morand 
le banquier et Lewis le poète. Or, le malentendu de ces deux cœurs 
séparés par une même passion des affaires comportait plus de détours 
et de découvertes. Il y avait, derrière la nouveauté du sujet, quelque
	        
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