Full text: 5(1924), Janv.-Fév. = Nr. 35 (35)

DRIEU LÀ ROCHELLE 
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Nous fûmes surpris 
Nous fûmes surpris, comme nous descendions de Verdun, par la 
nouvelle âprement attendue d'un jour à l'autre, depuis quatre ans, sou 
dain incroyable. 
En l’honneur de l'armistice, mon général américain me chargea de 
pourvoir à une bâfrée qui restât dans nos mémoires de géants. Je 
raflai des bouteilles de champagne et de fine dans une ville de l’arrière. 
Elle perdait sa situation : les soldats, qui avaient pu s’y cacher, sentaient 
moins leur honte et se réjouissaient timidement de la nouvelle orien 
tation; tapis longtemps dans la coulisse d’un grand paysage humain 
— mille trous, mille traits éphémères, arbres immenses de fumée — 
les habitants comptaient leurs profits. Plus tard, ils regretteraient le 
pittoresque. 
La bâfrée eut lieu chez le dernier curé d’un antique village, tandis 
que sur la route passaient encore de puissantes caravanes. La cuisinière, 
avec un soin infini, où se mêlaient une imperceptible vanité, une tendre 
reconnaissance, un étonnement sans curiosité, une minutieuse ignorance 
du génie américain, nous avait préparé deux ou trois plats exquis qui 
furent emportés dans des torrents d'alcool. 
Trois jours plus tard, je pus venir à Paris en fausse permission. J y 
arrivai après une course à cheval et en auto qui avait brassé mon sang. 
Le soir, j’allai au bar recruter des compagnons. Grâce à un camarade
	        
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