Full text: 4(1922), Août-Septembre = Nr. 28 (4(1922), Août-Septembre = Nr. 28)

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ANDRÉ SALMON 
on peut le dire, la poitrine nue de Lionel. Vous êtes un Français si énor 
mément sympathique! 
Lionel entendit tousser durement Hans Macke, assis dans son fauteuil 
de l’autre côté du mur. Il crut l’entendre discourir, prophétiser, et il rêva 
tout éveillé de gens de la police verte avec leurs shakos suisses à deux 
visières, identiques aux cibles de la cote 283, envahissant la maison des 
pauvres. 
Moriss et lui échangèrent quelques mots à voix basse. Parole ! dit haut 
et le dernier, Moriss Breitenstrater. Moriss Breitenstrâter demeura dans 
la chambre dont Mêla, sans bruit, ouvrit la porte, puis la referma avec 
une feinte violence. 
— Père, dit Mêla, c’est le jeune Monsieur français. 
— Donne-lui le tabouret bleu, petit cœur. 
— Père, il s’excuse, il ne peut demeurer qu’un instant... 
— Quand revient-il? Je veux lui dire... mais vous êtes là, jeune 
ami?... L’Histoire, voyez-vous, est une science dangereuse, il faudrait 
assez de sagesse pour écrire l’Histoire sans critique de l’Histoire car, 
entendez bien cela, c’est par sa critique qu’on tend à nourrir l’Histoire 
et c’est un terrible estomac, monsieur, un ventre abominable! C’est une 
poche qui engloutit, qui engloutit!... Est-ce qu’il est déjà parti, petit 
cœur?... Je n’entends rien... je ne me sens pas bien, petit cœur... 
Moriss Breitenstrater passa la frontière de Hollande, par Cologne- 
Dortmund, adroitement maquillé, car ce privat-docent avait été aussi 
un peu acteur chez Rheinardt, et, les poches pleines de devises étran 
gères, très chic, mais d’un chic discret, inaperçu, dans l’un des beaux 
complets que le petit Lionel avait apporté de France pour épater les 
« boches ». 
André SALMON.
	        

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