Full text: 4(1922), Août-Septembre = Nr. 28 (4(1922), Août-Septembre = Nr. 28)

LE DOUANIER ROUSSEAU 
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étrange, tandis que le boulanger lui répond, et sa voix de basse chan 
tante trouble le coq qui s’agite dans la basse-cour. 
Les mauvaises odeurs retrouvent la chaleur et la force, quand les 
fenêtres basses éclatent à la lumière. 
Rousseau, sur le pas de la porte du café, tire sa petite pipe; par 
habitude, il regarde les nuages pour pouvoir parler du temps; on le 
questionné : Fait-il beau ? Fait-il vilain ? 
Les enfants des écoles vont passer, c’est le signal du travail. A pas 
lents, Rousseau regagne son atelier, les tableaux accrochés au mur 
sourient au peintre, le tigre fait semblant de remuer la tête, la maison 
s’anime, la Seine coule, le tas de sable grossit. Fait-il beau ? Fait-il 
vilain ? Il fait jour. 
Le pinceau tremble un peu entre les doigts, la toile n’est pas à sa 
place, une bonne petite gaie chanson mettra tout le monde d’accord, les 
doigts, le pinceau, la toile et le peintre. Rousseau se met à chanter : 
Moi, je n’aime pas les grands journaux, 
Qui pari’ de politique, 
Qu’est-c’ que ça m’fait qu’les Esquimaux, 
Aient ravagé l’Afrique. 
Ce qui m’faut à moi, c’est le P'tit Journal, 
La gazette, la croix d’ ma mère, 
Tant plus qu’y a de noyés dans le canal, 
Tant plus que c’est mon affaire. 
Le tigre remue plus fort la tête, la maison est vivante, la Seine va 
déborder, le tas de sable devient inquiétant. Maintenant, tout est au 
point, et comme le courage pourrait fuir, Rousseau ferme un œil, la 
main ne tremble plus. Rousseau peint avec toute la force dont il est 
capable. 
Comme les enfants qui aiment à se faire peur, le douanier n’a pu 
s’empêcher de peindre les solitudes mystérieuses des forêts qu’il vit jadis;
	        
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