Full text: 4(1922), Août-Septembre = Nr. 28 (4(1922), Août-Septembre = Nr. 28)

260 
G. RIBEMONT-DESSAIGNES 
LES BONBONS DE L’ÉMIR 
Le seul parquet sur lequel l’art peut poser ses échelles est celui de la 
société. Il n’est de critère stable que social. Et si toutes les discussions 
à prétentions plus ou moins scientifiques sur l’esthétique demeurent 
vaines, c’est-à-dire conduisent toujours à la preuve irréfutable des plus 
contradictoires théorèmes, il reste au moins cette consolation à l’usage 
des prétendants à la couronne, que le peuple se charge de choisir entre 
les différents crus la meilleure bouteille. S’ils savent convenablement 
flatter les palais qu’il faut, les voici assurés de servir de parrains à quel 
que invention nouvelle. Mme Durand ou Francis Picabia sont de jolis 
noms pour un chrysanthème ou un rhododendron. Cela fait bien augurer 
des années qui seront le gros de l’éternité. 
Faut-il donc prendre à la légère ce goût de la gloire et ce courage 
à la construire qui sont le propre de certains hommes? Certes non. 
Parfois même ceux-ci n’ont pour but que d’entendre comme une grande 
sonnerie des cloches de la papauté, ou un fracas de trompettes royales 
destinées à masquer le vide qu’ils entrevoient sous le couvert des mots, 
des objets ou des actions, et à rompre le silence affreux des nuits où les 
roulades des sentiments semblent sortie d’un cercueil déjà paré. Mais le
	        

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.