Full text: 4(1922), Août-Septembre = Nr. 28 (4(1922), Août-Septembre = Nr. 28)

290 
W. MAYR 
ques, les littérateurs pour juger, n’ont jamais eu besoin de ces délais ». 
Oh ! oh ! J’affirme, au contraire, n'avoir jamais entendu un litté 
rateur, poète ou romancier, juger sainement, impartialement un con 
frère. Ou bien les éloges sont outrés parce qu'ils proviennent d'une 
camaraderie qui en attend la pareille, ou bien les critiques sont dictées 
par l’envie. La neutralité, quand elle existe, n’est jamais bienveillante» 
mais consiste en une expectative dictée par la prudence. Mettez à 
l’aise votre interlocuteur, jetez la première pierre ou le premier nuage 
d'encens, et vous le verrez s’élancer, et comment! Une récente enquête 
du Figaro sur l’état présent de la poésie a fourni le charmant specta 
cle de gens n'admettant qu’un genre de poésie, le leur, et chantant 
p ouille s sur celui du voisin. Quant à l’exemple de Boileau, dont M. 
Vandérem se sert pour prouver que la promptitude du jugement peut 
s’allier à la justesse, il est mal choisi puisque le « législateur du Par 
nasse » qui n’entendait rien au lyrisme ni à la fantaisie cribla des traits 
de sa verve Scarron et Scudéry, et malmena des poètes qui méritaient 
un meilleur sort. — Terrible et précieuse partialité qui déblaya le 
XVII” siècle littéraire et nous le présenta sous les traits d'auteurs 
marchant tous sur le chemiu royal de la raison. Système encore que 
tout cela. Ce génie critique (et dogmatique, s’il vous plaît ! ) traça le 
plan et posa les fondements de ce grand siècle, et Voltaire, élève des 
Jésuites qui formèrent son goût étroit mais pur, n'eut qu’à bâtir la 
façade. 
* 
* * 
M. Vandérem me paraît avoir davantage raison quand, à la fin de 
sa chronique, il incrimine la façon dont on enseigne la littérature aux 
jeunes gens : "Il faut même aux enfants une étrange intuition de la 
beauté pour ne pas être dégoûté des classiques de la manière dont on 
les leur enseigne.” Voilà une critique qu’on adresse à mainte école, 
qu'elle se nomme Beaux-Arts, Conservatoire ou Université. Je la crois, 
en l’occurence, très justifiée, bien que les manuels n'y soient pour rien, 
car l’usage qu’on en fait dans les lycées est extrêmement parcimonieux. 
Tant on craint l'ordre, le classement, le système des «idées toutes fai 
tes ».
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.