Full text: 4(1922), Août-Septembre = Nr. 28 (4(1922), Août-Septembre = Nr. 28)

CRITIQUE GÉNÉRALE 
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C’est la méthode en honneur depuis quelque vingt ans qu’il faut 
accuser. Klle consiste à considérer la littérature comme une science 
exacte, ou du moins à la rapprocher de la science historique pour 
laquelle la critique documentaire, la chronologie bio- et bibliographique 
sont indispensables. 
Conception erronée. Que le XIX e siècle ait été le “ siècle de l'his 
toire ”, il n'en faut pas douter, et même en bénir les Michelet, les 
Renan, les Fustel de Coulange qui ont ressuscité à. nos yeux un passé 
enseveli. Que son influence ait agi sur toutes les sciences, même morales, 
voilà qui fut profitable et fécond pour le savoir humain. Mais il est 
résulté de cette prédominence un grave inconvénient : on a négligé 
l’élément esthétique dans l'étude des auteurs, comme si les matières 
littéraires étaient assimilables à celles que l’on compte et que l'on pèse, 
Aussi, imbus de la méthode dite “ scientifique ", trop de professeurs 
de facultés et même de lycées se croient-ils ■ en présence de candidats 
à l’agrégation et imposent-ils à leurs élèves une besogne non seulement 
stérile, mais rebutante, comme le pense avec justesse M. Vandérem. Le 
travail de laboratoire ne convient qu'à des cerveaux déjà ensemencés 
et où la plante pointe déjà. 
Revenir à une méthode littéraire pour l’étude de la littérature, 
voilà un point sur lequel la réforme de l'enseignement pourrait utile 
ment s'exercer. Il est possible que le thème latin apprenne à penser 
juste et à former des intelligences saines. Mais la lecture des auteurs 
avec commentaire forme le goût. De grâce, supprimons cette “ explica 
tion d’auteurs " qu'impose le programme, et qui est une dérision, quand 
il s'agit d’enfants de quinze ans. Mettonsentre leurs mains des manuels 
modernes, c'est-à-dire bâtis sur des plans nouveaux et ayant façade 
sur des horizons inconnus hier. Les auteurs des manuels copient Bru- 
netière et Faguet : déplorable impuissance que dénonce rudement M. 
Vandérem. Que ne font-ils du moins comme M. Lanson, qui corrige et 
améliore sagement son ouvrage, prouvant ainsi sa vitalité d’esprit ? 
On attend des manuels qui ne frappent d'ostracisme ni Barbey, 
ni Baudelaire, ni G. de Nerval. Mais pour cela, il faut de nouveaux 
Brunetières, c’est-à-dire des esprits vigoureux et clairs. A quoi sont
	        
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