Full text: 4(1922), Août-Septembre = Nr. 28 (4(1922), Août-Septembre = Nr. 28)

AVENTURES D’UN FRANÇAIS EN ALLEMAGNE 
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avons eu la révolution? A Berlin, où je fréquentais souvent avant la 
guerre, quand nous prenions les bains d’Ems, je goûtais un extraordi 
naire plaisir enfantin à commander : Auto! avec mon mauvais accent 
russe, parce que, Otto, c’est le nom de mon beau-frère, le mari de ma 
sœur Elisabeth, Lisa pour sa famille prussienne. Otto Borutta, le Con 
seiller de Commerce, le grand marchand de tableaux. Il est ruiné. L’ex- 
pressionismus l’a ruiné. Je vous dirai plus tard, si cela amuse Monsieur. 
Aujourd’hui, Otto a formé un méchant petit ballet avec Lisa, ses deux 
sœurs, Grite et Mona, et un ancien page du Kaiser. Quelle honte ! Scan 
dale! Est-ce que ça n’est pas mieux de monter les malles, puisque je 
suis fort? 
A Moabit, Lionel, sans trop de peine, car les indications du Prince 
étaient en partie inexactes, atteignait au gîte celui pour lequel son journal 
le déplaçait à si grands frais. Hans Macke, le vieux révolutionnaire, 
l’un des pères vivants du Communisme, l’élève de Marx, le prisonnier 
de Spandau protestant du fond de son cachot contre l’annexion de l’Al 
sace-Lorraine, le seul socialiste prussien ayant publiquement répondu à 
l’Empereur faisant, du haut du balcon de Potsdam, tournoyer le glaive 
de la Vieille Allemagne devant un peuple ivre d’être le peuple élu. La 
rédaction parisienne à laquelle appartenait Lionel attachait un grand 
prix aux réponses que Hans Macke accepterait de faire au petit ques 
tionnaire remis à l’envoyé spécial. La première question touchant au 
problème des réparations pouvait être tout ce qu’on voulait; une large 
publicité s’offrait au vieillard séditieux si l’on supposait qu’en fin de 
compte sa réponse ne saurait desservir notre cause. La seconde question 
apparaissait plus spécieuse au rédacteur en chef, réfractaire à l’utopie, 
admettant sans la glorifier la guerre ainsi qu’une cruelle nécessité, non 
pas divine, certes, d’essence non pas céleste mais tellement de la planète. 
A Hans Macke, qui jamais n’obéit qu’aux élans de son cœur, à Hans 
Macke qui avait écrit « Pères de tous les pays, ne donnez plus vos fils
	        

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