Full text: 4(1922), Août-Septembre = Nr. 28 (4(1922), Août-Septembre = Nr. 28)

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238 ANDRÉ SALMON 
à la Patrie! », Lionel devait demander : « Donneriez-vous les vôtres à 
la Révolution? » Le rédacteur en chef estimait fort cette trouvaille, 
cette sortie dont il voulait faire pour Lionel une entrée. Si c’est mourir 
les armes à la main qui est grande duperie et si la duperie n’est pas dans 
la vanité des conquêtes, Patrie et Révolution se valent. Lionel jugeait 
la question un peu nigaude, ça le choquait aussi par un ton de gros rire, 
mais visiter Berlin l’excitait fort dans la joie naïve d’y jouer l’homme 
riche dépensant une grande quantité de vignettes coloriées sans valeur, 
ému tout de même d’approcher Hans Macke, tant invoqué dans vingt 
Congrès suivis en qualité de plus modeste reporter. 
Il le trouva dans une chambre nue autant que celle de son palace, 
mais moins brillante. C’est un des plus évidents triomphes du moder 
nisme que d’avoir atteint un luxe suprême autrement que par l’accu 
mulation des richesses. Artistes, encore un effort, et il y aura un néant 
de luxe. Les pieds perdus dans des chaussons de corde posés sur le car 
reau, Hans Macke, assis dans un fauteuil du temps de Frédéric II, som 
nolait sous un portait de Bebel, le père; une lithographie surmontée 
d’une affiche rouge tournant au rose, vraiment trop haut perchée, et 
dont Lionel ne sut pas bien déchiffrer les caractères gothiques. Une 
table de bois peint en grisaille. Une petite bibliothèque, et, par terre, 
des journaux du jour et de très vieux journaux ; Der Sozialist, Der 
Lampenproletarier, Freie Arbeiter Stimme, Vorbote, Der Arme Teufel, 
la Conquista del Pan de Barcelone, Il Crido degli Oppressi, l’organe 
des compagnons italiens de New-York, et The Commonweel de Lon 
dres, car Hans Macke, jadis, voyageait beaucoup au gré de Bismarck 
et l’exil rendait sa pensée plus chère aux révoltés du monde entier. 
Une jeune fille servit d’introducteur et d’interprète. Hans Macke, en 
vieillissant, oubliait un peu le français des congrès parlé d’abondance, 
aux environs de 1885. 
Aveugle, Hans Macke tenait un œil clos et l’autre avait pris, dans
	        
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