Volltext: 5(1923), Nov.-Déc. = Nr. 34 (34)

JEAN COCTEAU 
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monde. Il retourne vite, les yeux bandés, rejoindre son poste central. 
Peut-être les premiers jours de l’étonnante entreprise furent-ils, 
comme les jours d’enfance, des jours de jeu. Cela ne regarde personne. 
Ils devinrent vite des jours d’école. Mais jamais Picasso ne professa. 
Jamais il ne disséqua les colombes qui s’envolaient de ses manches. Il 
se contenta de peindre, d’acquérir un métier incomparable et de le mettre 
au service du hasard. 
Picasso est de Malaga. Il me raconte comme un trait significatif de 
sa ville qu’il y vit un conducteur de tramway qui chantait, ralentir ou 
presser la marche du véhicule selon que sa chanson était vive ou traî 
nante et sonner le timbre en cadence. 
Le malaguène Picasso ne quitte pas les rails; sa chanson enlève toute 
monotonie au voyage. 
Le monde suspecte les maîtrises contrastées. Picasso, avec sa fan 
taisie profonde, prouve combien il cherche peu à plaire. Elle donne 
à son moindre geste une grâce féerique. 
Un jour que j’étais malade, il m’envoya un chien découpé d’une 
seule pièce dans le carton et si heureusement plié qu’il tenait sur ses 
pattes, retroussait sa queue et remuait la tête. J’allai mieux séance tenante. 
Depuis, je compare mon chien à Petit-Crû, le chien-fée d’Yseult. 
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Ce n’est pas en pensant à la vie de l’ensemble vers quoi s’organisent 
les lignes que le dessinateur fera œuvre vivante, mais en sentant sa ligne 
en danger de mort d’un bout à l’autre du parcours. A ce seul prix, 
l’ensemble vivra d’une vie propre et constituera un organisme au lieu 
d’être la représentation morte d’une forme vivante. De toute autre 
maîtrise ne résultera qu’une singerie.
	        
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