Full text: 5(1923), Nov.-Déc. = Nr. 34 (34)

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FAITES VOS JEUX 
I . 
ment indispensable à mes défauts nerveux. Mes yeux ont besoin de 
cette distraction impersonnelle, mes jambes, mes bras et mon cerveau ne 
fonctionnent que s’il y a autour d’eux un mouvement similaire. De ce sti 
mulant, en apparence cérébral, sont parties chez moi les plus hardies 
initiatives. 
J’ai passé des années entières, inerte, dans la petite ville qui absorba 
ma vitalité. J’y arrivai un soir d’hiver —- un ancien ami m’attendait à 
la gare et pour me décider d’y rester, car mon voyage ne devait pas 
encore s’arrêter, me conduisit d’abord dans le vieux quartier, ce qui 
chatouilla ma curiosité romantique et me donna en même temps une 
fausse idée de sa dimension. Fatigué et à moitié surpris, je ne pus m’aper 
cevoir que nous passâmes plusieurs fois par la même rue qui se montrait 
sous de divers aspects, suivant l’angle de perspective par lequel nous 
l’abordions. Elle était obscure et tordue, embellie par les piments d’une 
architecture hiérarchique et superposée. L’arbre et l’alignement social y 
ont imposé leur principe de construction. Les ornements gracieux et spi 
rituels sont les diminutifs du langage des villes et leur coquetterie. Ces 
murs acrobates en équilibre délicat, me semblèrent d’abord d’une certaine 
vivacité. Je vis par la suite que ces rues à mauvaise circulation étaient 
inhabitables, sales, peuplées d’animaux inférieurs parlants ou muets. 
A quelques pas seulement, la ville propre et nickelée comme un 
service de déjeuner, affluait en se condensant vers un lac dont les bijoux 
étaient vivants, circulaient dans de nombreux bateaux sur la surface, 
réglés par des horaires entremêlés et compliqués, et ouvraient pour des 
sommes modiques leurs sifflets, leurs installations confortables et le luxe 
de leurs détails métalliques. 
C’est ainsi que m’apparut d’abord cette ville fraîche et pleine de diver 
sité. Cela ne dura pas longtemps. J’ai vite établi le nombre et la qualité 
de ses surprises. L’ennui m’envahit avec des mélanges douloureux dé 
mélancolie. Les sensations de bien-être devinrent rares et tous les plaisirs 
étaient catalogués : les excursions, les cafés, les amis. On verra plus
	        

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