Full text: 5(1923), Nov.-Déc. = Nr. 34 (34)

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LITTÉRATURE ET CRITIQUE 
rôle fut surtout de vulgarisation) ; nous parlons de leur charme de 
leur mystère ; ce n'est rien expliquer et en cela nous ressemblons à 
nos ancêtres qui découvrirent que la Nature avait horreur du vide. Je 
ne crois guère (et m'en réjouis) qu’on puisse jamais dissocier en divers 
éléments, comme les mosaïques, des œuvres semblables à celles de 
Dostoïevski, Tchékov, Gorki. 
Chaque page de Souvenirs de ma vie Littéraire offrirait dix, vingt sujets 
de roman ; nul passant n'échappe à Gorki ; je sais que l’imagination 
psychologique, la subtilité psychologique russe sont bien connues; j’ai 
entendu des slaves en prendre argument pour mépriser ceux qu’il 
nomment les occidentaux. Dimitri Merejkovsky a cité des passages où 
Dostoïevski lui-même affirmait, paraît-il, la piètre opinion qu'il avait 
des Européens et de leur civilisation. Est-ce à tort, à raison ? Peu 
importe en vérité, mais j'aime à noter, dans un débat à la fois si com 
plexe et si théorique, la modestie d’un Gorki écrivant ces lignes qui, 
sur lui et ses compatriotes, nous apprendront davantage que des livres 
entiers de critique: 
Derrière leur bonhomie presque toujours un peu factice, Léo Russes cachent 
quelque chose qui ressemble a de La muflerie. Cette qualité •— ou peuL-être 
cette méthode d'investigation — se manifeste sous des formes très diverses, 
mais principalement une tendance à visiter l'âme du prochain comme une 
baraque foraine pour voir quels tours on y montre, à la fouiller, la piétiner, la 
salir et parfois y renverser quelque chose. Et suivant l'exemple de Thomas, 
ils enfoncent partout les doigts, s’imaginant sans doute que le scepticisme 
de lApôtre est la même qualité que la curiosité des singes. 
René CREVEL.
	        

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