Full text: 5(1923), Nov.-Déc. = Nr. 34 (34)

MARCEL RAVAL 
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RAYMOND RAD1GUET 
Quelle sagesse, lorsqu’on a vingt ans à vivre, de si bien tracer sa 
courbe qu’elle vienne, le dernier jour, se refermer sur elle-même et 
qu’il apparaisse alors que c’est un cercle pur et clos. La mort qui, 
en surprenant l’adolescence, déjoue et défait tout, n’a pas empêché 
cette fois un esprit plus rapide que la vie d’aller jusqu’au bout de lui- 
même. Il a parcouru ses étapes avec une vitesse d’étoile. Le point de 
suspension coïncide avec le point final. Tout est dans l’ordre, et Radi 
guet laisse une œuvre légère et compacte à la fois, — achevée comme le 
sont toutes celles qui comptent. 
Une chose qui explique et situe Radiguet, c’est ce malentendu entre 
son époque et lui qu’il n’a cessé de cultiver. Sa personnalité susceptible 
à l’extrême ne laissait aucune influence jouer sur elle. Dépaysée par 
les audaces trop faciles qui embourgeoisaient la littérature dans le 
désordre, elle renoua de plus loin, spontanément, avec les grâces d’une 
tradition abandonnée. 
Je me souviens d’un soir où Radiguet s’abandonna à des confidences. 
Il m’avoua qu’il était insensible à la musique, qu’une toile cubiste 
restait pour lui lettre morte, que dans toute la littérature moderne, trois 
ou quatre œuvres seules le touchaient. C’est de ce jour que j’appris à 
le mieux connaître. La distinction de son esprit s’accommodait mal des
	        

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