Full text: 5(1923), Mai-Juin. = Nr. 32 (32)

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86 FAITES VOS JEUX 
frappé par deux choses : elle ne riait jamais et paraissait très froide, 
comme le sens de son sourire; et puis, elle avait une satisfaction telle 
ment singulière à embrasser ma bouche, mes lèvres, qu’elle ne pouvait 
presque plus s’arrêter. Je l’attribuais à une sensibilité maladive. Une 
étrange sévérité se divertissait alors dans ses yeux. 
Elle était petite de stature et de construction très fine. Elle avait dix' 
sept ans, cela me paraissait normal. Je ne lui ai pas demandé l’histoire de 
sa vie, elle n’a pas demandé la mienne. Mais elle était contente, et sa 
timidité respectueuse et étonnée dura sans surprises pendant les deux 
semaines que nous avons vécu ensemble. 
Mon premier plaisir — celui que j’avais éprouvé à faire luire sa 
voix fraîche au long de sa présence — était périmé. J’avais préparé habi 
lement mon départ pour des affaires urgentes et, quoique je fusse persuadé 
que ce que nous appelions notre amour était fini, — je la laissai dans 
l’attente d’un retour éventuel. Les probabilités de langage ont toujours 
servi à me tirer des embarras de nature incertaine et délicate. Je n’ai 
pas toujours envie de prendre la responsabilité de mes sentiments; ils 
sont variables, souvent équivoques, et s’ils sont frais c’est parce que je 
n’ai évalué ni leur force ni leur durée. 
LE COEUR SUR LA MAIN 
V. Lettres, Mariage, tempête 
Voici des fragments de lettres que je trouvai en rentrant à Paris, 
après une absence de huit mois : 
« J’ai du chagrin, j’ai froid, je pleure, je suis triste; il n’y a pas une 
fleur dans le jardin et, sur le bord des routes, les arbres sont nus, les 
gens idiots, et moi je suis folle, et toi tu es heureux.
	        
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