TRISTAN TZARA
93
Des recherches inquiètes commencèrent : qu’était devenu Cottard?
Ce ne fut que beaucoup plus tard qu’on le retrouva chez un M. Jacque
line, au lieu dit « Le Capuchet ». Il saignait abondamment. Lorsque
gendarmes et paysans firent irruption dans la petite chambre où il repo
sait, il se dressa, terrible :
— C’est Germaine qui a tiré... je l’ai vue! oui, je l’ai vue! Arrêtez-la!
Il s’évanouit. M. Jacqueline raconta que le blessé venait d’arriver, se
traînant à grand’peine.
Il ne savait que répéter :
— C’est elle, c’est elle!
Dans la bousculade de la consternation, bientôt changée en silence
plein de reproches, Germaine-Louise avoua tout.
— Oui, c’est moi. Je ne l’aime pas, je ne l’ai jamais aimé. Il fallait
en finir. Je croyais qu’il était mort...
Or, non seulement Cottard ne mourut pas, mais il se rétablit com
plètement. On l’entendra comme témoin. Il ne parle pas beaucoup. Ni
haine ni pitié ne l’animent. Il a pris son parti de ce qui est arrivé, il
attend les événements. Son faible caractère, effacé et médiocre, le fait
passer au second plan.
Au juge d’instruction, l’accusée a répété ses aveux, s’accusant avec
force, mais sans remords. L’affaire paraissait simple et seul le mobile
profond du crime restait dans le mystère. Mais...
Un visage sort de l’ombre.
Soudain, dernièrement, alors que l’instruction allait être close, l’im
prévu se produisit. Comme on l’interrogeait une dernière fois, Germaine-
Louise perdit brusquement son assurance, comme si quelque effondre
ment secret s’était produit dans sa pensée:
— Voici, monsieur le Président, je vais tout vous dire. Jusqu’à pré