Full text: 5(1923), Mars-Avril = Nr. 31 (31)

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PAUL FIÉRENS 
la vertu d’un exemple qui n’est pas seulement d’un pion. Mais tout 
ceci n'est plus spécial aux Belges et s’appliquerait mieux encore aux 
poètes du midi. 
Robert Goffin « homme chargé de poésie qui essaye avec courage 
son premier chant », doit beaucoup à Romains et ne s’en cache pas. 
Agissant en sens inverse de cette force centripète, je vois cependant 
une force centrifuge, celle du tourbillon Cendrars. Robert Goffin y 
plonge et l’on ne sait pas très bien encore quel courant va l'emporter. 
Il peut d'ailleurs sans trop de crainte se laisser bercer par un double 
flot. Il y surnage. On n’a guère de peine à démêler dans son livre ce 
qui vraiment lui appartient. « Délivrez-moi surtout du poète que je 
suis » s’écrie-t-il au dernier vers de Jazz-Band. C'est des autres qu'il 
se délivrera, j'en suis sûr, car il y réussit déjà par instants. — On 
trace autour d’un poète une série de cercles de plus en plus étroits, 
éliminant ce qui leur est extérieur. Quand on arrive au point central, 
il n'y a plus qu’à dire : voici. Et je pressens que Robert Goffin a plu 
sieurs choses à nous dire. 
Quant à René Purnal, s'il n’a point cette générosité pour laquelle 
on pardonnerait beaucoup à Goffin, il apparaît mieux avisé, plus 
adroit et plus aimable. Si je comprends bien le titre de son recueil, 
Cocktaild, il signifie ceci : « Dans le bar des Écritd du Nord, quelques 
poètes agitent leurs gobelets de prestidigitateurs, y font retentir la 
glace pilée et, dans cet exercice, se donnent volontiers en spectacle. 
Moi, discret, dans les petits verres, je vous sers mes cocktails. Ils 
sont bien tassés. Buvez lentement, avec une paille. Autrement dit : je 
déchire mes brouillons. » 
Les élèves de Jules Romains et de Georges Chennevière étudieraient 
avec fruit la structure des poèmes en dix vers dont Purnal use comme 
de sonnets ou de rondeaux. Pour nous, retenons que si le jeune artiste 
y mélange tous les ingrédients recommandés par les meilleurs barmen, 
« il y a quelque chose au fond », cette chose rare : un cœur. Enfin, René 
Purnal n’a pas oublié d’allumer sa lanterne. Prévoyons, disais.je, un 
retour au sentiment comme le soubresaut prochain de l'évolution poé 
tique. Ce n’est pas René Purnal qui me donnera tort. Fraîcheur 1 Et 
joie de redécouvrir ce qu’il fallut un moment laisser de côté. 
Paul FIERENS.
	        
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