Full text: 5(1923), Mars-Avril = Nr. 31 (31)

LE ROMAN 
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LE ROMAN 
LE DIABLE AU CORPS, par RaymondRadiguet, (B. Grasset, éditeur). 
On n’écrit pas un roman à dix-sept ans ! Il y faut une expérience qui 
ne s'acquiert qu'après de longues années. A cette observation du sens 
commun Radiguet a répondu, avec le flegme qui le caractérise : 
« J’ai vécu : ce passé défini n’implique-t-il point logiquement la mort? 
Pour moi, je crois qu'à tout âge, et dès le plus tendre, on a à la fois 
vécu, et l’on commence de vivre. » 
Radiguet nous fut annoncé à grand fracas. Bien que je le connusse 
personnellement auparavant, tout ce bruit n’avait pas été sans m'incom 
moder. Il me paraissait un défi inutile, une surenchère à la gageure. 
Au fond je pensais, comme tout le monde : « On n'écrit pas un roman 
à dix-sept ans. » 
C’est dans ces dispositions d’esprit que j’ai abordé Le Diable au corps. 
Je sais maintenant, comme le public le reconnaîtra, qu'il n’y a pas d’âge 
pour écrire un roman. Le Diable au corps en est un admirable. 
Il n’eût été qu'une confession si l'auteur ne nous eût offert que le récit 
sincère et scrupuleux de son enfance. Il commence à s’agir de roman s'il 
cherche et parvient à s’objectiver lui-même, à se situer au milieu de ses 
personnages, à composer et à animer cet ensemble, à dresser des 
caractères. 
La confession, c’est le cœur mis à nu par la seule puissance du sou 
venir. Le roman, l'expérience conçue, utilisée en vue d'un but : recréer 
la vie, fixer des types d'individus. Pris sur le vif, dans toute sa singu 
larité, le héros de Radiguet est néanmoins une création romanesque 
dans laquelle se réalise un modèle humain. 
Le personnage principal du Diable au corps, c'est Radiguet, mais c'est
	        
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