Full text: 5(1923), Mars-Avril = Nr. 31 (31)

FAITES VOS JEUX 
7 
ties sont toujours imprévues. L’échange des reines les rend uniformes et 
pauvres. Chaque jeu porte les empreintes digitales du caractère du 
joueur. Il y a des jeux lents et inoffensifs, effacés et attendus, inquiets 
et capricieux, il y a des joueurs qui veulent tout prendre, d’autres qui don 
nent, d’autres emploient la ruse pour gagner une pièce et cela les rend 
aussi odieux que dans la vie de tous les jours. Il y a les jeux précipités 
qui entraînent le partenaire à répondre vite et sans réfléchir. J’aime ris 
quer; mes combinaisons tiennent sur une tranche de danger, je pousse 
toujours en comparant les résumés des positions — la balance mentale 
des constellations fait souvent des sauts désespérés. Les démonstrations 
jettent des coups d’œil fugitifs sur mon ennui. Je n’aime pas les parte 
naires qui m’induisent en erreur par des propos spirituels ou tendancieux. 
J’aime la distribution d’inconscient, aux différentes reprises d’une partie, 
leur dosage décide des actes importants, la logique qui les détermine est 
vite cachée sous les données d’habileté, de promptitude, de clarté. Le 
contrôle évident d’une partie nulle, gagnée ou perdue, rend la fin du 
jeu plus agréable que la lecture d’un poème ou la marche naturelle 
d’une aventure d’amour. Une dame que j’ai aimée m’écrivit, il y a long 
temps, que je perdais les parties parce que je trichais. Je tiens à protes 
ter ici, dans l’espoir que ces quelques lignes lui parviendront un jour sous 
les yeux. Je triche, évidemment, parce que je vis entre les rapports de 
l’ennui, des satisfactions, des prétentions, des obligations humaines. 
J’anime la mollesse qui traîne d’une passion, d’un acte, d’une idée à 
l’autre. Le but de la vie est de mourir; je me l’avoue, et c’est la même 
lâcheté qui m’empêche d’aboutir à cette fin normale. Je la désire d’ail 
leurs de toute la force de ma fatigue en liberté qui se nourrit de sa propre 
suffisance. 
* 
Les premiers jours de voyage sont ennuyeux sans compagnons. Les 
amitiés se lient vite — des courants d’eau sur les vitres un jour de pluie.
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.