Full text: 5(1924), Mars-Juin = Nr. 36 (36)

CHRONIQUE D’ART 
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terreur sont la rançon ou la récompense de sa cré 
dulité admirable. Sa merveilleuse petite âme, toujours 
éveillée, se nourrit des plus brillants mirages; son 
imagination ardente peuple la terre des présences les 
plus fabuleuses. Le moindre de ses gestes porte des fruits 
d’or, ou dessine les limites d’un univers immense, où 
toutes les forces qui conspirent contre la sûreté de 
chaque être sont accumulées en masses visibles. Il est le 
centre de la curiosité et de l’admiration unanimes s’il 
accomplit quelque dérisoire prouesse, dont on le félicite ; 
d’autres fois, au sein d'une assemblée nombreuse, il sent 
avec une affreuse acuité, le poids de l’isolement le plus 
complet et l’amertume de l’injustice. Sur une plage j’ai vu 
courir un bambin, tenant une ficelle au bout de laquelle 
il avait attaché un morceau de papier, cerf-volant 
imaginaire, qui traînait sur le sable. Je l’entendis qui 
poussait pour lui seul ce cri de désespoir: « Je vais 
comme le vent et personne ne me regarde! » 
Pour l'enfant une image est une réalité. Ayant 
vu une magnifique gravure de première communion 
représentant une cathédrale dorée, je m’imaginais, 
lorsque je pénétrais pour la première fois dans une 
église, que j’entrais réellement dans cette image. JMon 
amour pour les boules de verre Louis-Philippe vient de 
ce que je désirai longtemps me promener à l’intérieur 
de l’une d’elles, que j’allais admirer chez une voisine, 
et qui renfermait toute les merveilles du jardin 
d’Aladin. 
Il n’est pas d’abstraction qui, pour l'enfant, ne puisse 
prendre une forme concrète. Certains mots ont un 
poids et un visage. Il y en a d’énormes, gonflés de
	        
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