Full text: 5(1923), Sept.-Octobre = Nr. 33 (33)

TRISTAN TZARA 
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LE SOURIRE SEXUEL 
VIII. — Les débuts amoureux d'un garçon timide. 
Bien que je joue ma vie sur le tourbillon de chaque présent, et que 
les conséquences éventuelles n’aient jamais trompé les directives de'mon 
attention, l’âcre violence du souvenir me monte parfois au bout des lèvres 
avec des gémissements difformes — une île sournoise flottant sur le 
courant tiède et cordial. 
A quel moment commence ma jeunesse? 
L’œil du cœur bat des paupières désolées, et n’arrive pas à situer sur 
l’escalier roulant de la mémoire déformante le plan d’intersection où les 
premiers enregistrements acides, organisés en armature de la raison, m’ar 
rachèrent à l’incohérence de mon existence primaire et marécageuse — 
un récipient de Tantale qui se bouche et se peuple d’utiles humilités et 
de flamboyantes prétentions. 
Les conduites de feu du tempérament, croisées au-dessus de l’enfant 
en attitudes guerrières, chassèrent ces formations vaporeuses de l’esprit, 
dont le vin embrouillait le retentissement des pas lourds sur les dalles 
du front. La conscience commence aussi vers cette époque à fonctionner, 
remuée par le sang salubre d’où ruisselle la saveur du temps, pierre sur 
pierre d’événements sourds entassées, elle dissèque, trie et gradue le doux 
aliment sensoriel. A quel moment commence ma jeunesse? Je ne le sus 
jamais, quoique j’eusse des données exactes sur le sentiment que ce 
changement d’âges mineurs détermina en moi, et que je fusse si acces 
sible à son style coulant et délicieux. Des lueurs myopes seulement, par
	        

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