Full text: 5(1923), Sept.-Octobre = Nr. 33 (33)

TRISTAN TZARA 
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der pourquoi. Je crois que c’était par contradiction — j’écrivais 
des poèmes <( contre » ma famille, en cachette — et pour niveler un 
état disproportionné de mon esprit. La préoccupation que me donnait la 
transcription d’un malaise cérébral me distrayait assez pour en excuser 
les causes. Le résultat n’intéressait que moi, et à force d’habitude, cette 
thérapeutique de délivrance mentale me devint indispensable et se trans 
forma ensuite, par le plaisir que j’y prenais, en une espèce de vice latent. 
Il absorbait entièrement mes sensations, mais tranquillisait les ébats de 
mon mauvais caractère. Quoique je n’en tirasse aucun profit pour ma 
vanité, en détruisant presque toutes les émanations arbitraires de ma fantai 
sie, je négligeai mes études et, ce qui est plus grave, les sports, les jeux et 
les rapports avec mes camarades. Ce sont ces premiers frottements qui don 
nent les facilités de réagir spontanément devant des actes, nettement, 
avec la vivacité correspondante. Les réactions chez moi restent purement 
mentales, et ma timidité naturelle rend mes gestes encore plus myopes 
qu’ils ne le sont en réalité. Cette timidité, établissement de Dieu dans 
l’enfance que nous portons d’âge en âge en nous, traînant jusqu’à l’en 
gourdissement sur l’escalier à vis, tamisant sans arrêter une sensibilité 
affaiblie, a produit par opposition l’orgueil, un mal particulier qui aime 
l’isolement de ses secrets. Le corps dépeuplé de questions file sa que 
nouille d’égoïsme sans fondement. 
Combien de fois ne me suis-je pas accusé d’être un marchand de 
paroles qui échangeait les idées et les éléments de vie en images et en 
phrases cristallisées, et réciproquement. Mais je puis dire aujourd’hui qu’à 
chaque ligne que j’ai écrite, je réduisais à sa souveraine nécessité le pro 
blème de son pourquoi, et qu’en continuant de le faire sans avoir trouvé 
la raison suffisante et la source, je m’enfonçais de plus en plus dans le 
sac des tourments sombres et compliqués. Ce fut la première phase de 
mon inquiétude. Elle me révéla mon amour pour la poésie, que je place 
au-dessus des faits matériels de la vie qui, au cours de leurs déraisonnables 
développements, s’ornaient de ce sourire que je croyais être le plaisir.
	        
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