TRISTAN TZARA
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der pourquoi. Je crois que c’était par contradiction — j’écrivais
des poèmes <( contre » ma famille, en cachette — et pour niveler un
état disproportionné de mon esprit. La préoccupation que me donnait la
transcription d’un malaise cérébral me distrayait assez pour en excuser
les causes. Le résultat n’intéressait que moi, et à force d’habitude, cette
thérapeutique de délivrance mentale me devint indispensable et se trans
forma ensuite, par le plaisir que j’y prenais, en une espèce de vice latent.
Il absorbait entièrement mes sensations, mais tranquillisait les ébats de
mon mauvais caractère. Quoique je n’en tirasse aucun profit pour ma
vanité, en détruisant presque toutes les émanations arbitraires de ma fantai
sie, je négligeai mes études et, ce qui est plus grave, les sports, les jeux et
les rapports avec mes camarades. Ce sont ces premiers frottements qui don
nent les facilités de réagir spontanément devant des actes, nettement,
avec la vivacité correspondante. Les réactions chez moi restent purement
mentales, et ma timidité naturelle rend mes gestes encore plus myopes
qu’ils ne le sont en réalité. Cette timidité, établissement de Dieu dans
l’enfance que nous portons d’âge en âge en nous, traînant jusqu’à l’en
gourdissement sur l’escalier à vis, tamisant sans arrêter une sensibilité
affaiblie, a produit par opposition l’orgueil, un mal particulier qui aime
l’isolement de ses secrets. Le corps dépeuplé de questions file sa que
nouille d’égoïsme sans fondement.
Combien de fois ne me suis-je pas accusé d’être un marchand de
paroles qui échangeait les idées et les éléments de vie en images et en
phrases cristallisées, et réciproquement. Mais je puis dire aujourd’hui qu’à
chaque ligne que j’ai écrite, je réduisais à sa souveraine nécessité le pro
blème de son pourquoi, et qu’en continuant de le faire sans avoir trouvé
la raison suffisante et la source, je m’enfonçais de plus en plus dans le
sac des tourments sombres et compliqués. Ce fut la première phase de
mon inquiétude. Elle me révéla mon amour pour la poésie, que je place
au-dessus des faits matériels de la vie qui, au cours de leurs déraisonnables
développements, s’ornaient de ce sourire que je croyais être le plaisir.