Full text: 4(1922-1923), Déc.-Janv. = Nr. 30 (30)

432 
RAYMOND RADIGUET 
LES SPECTACLES. 
ANTIGONE, de Sophocle, adaptation libre de 
Jean Cocteau. /Husique de 
Arthur Honegger. Décor de 
Pablo Picasso. Costumes de 
Gabrielle Chanel. (Théâtre 
de l’Atelier). 
A cette même place, voici déjà un an, à propos des Æarics de la 
Tour Eiffel, nous constations la grandeur « antique » qui se dégage de 
l’œuvre de Jean Cocteau. Max Jacob, dans cette revue aussi, ne décla- 
raît-il pas, préférer certains poèmes de Vocabulaire aux pièces de 
l'anthologie grecque? 
€ Seul, Jean Cocteau, écrivions-nous dans le numéro 2Ô des feuilles 
libres’, possède le secret de douer les choses d'aujourd'hui d'un carac 
tère antique, mythologique ». Nous ne croyions alors que constater, 
mais ne pensions pas prophétiser, et si fort que l’apparence semble 
nous contredire. Voici le même travail à l’envers : Cocteau nous pré 
sente, on ne peut pas dire rajeunie, mais bien dans toute sa jeunesse, 
la plus illustre des tragédies antiques. 
Ceux qui ne savent pas, sous des habits différents, reconnaître le 
même corps, s'en étonnent. Mais, au fait, ces habits eux-mêmes sont- 
ils si différents. Sophocle est venu plutôt justifier les Æariés de la 
Tour Eiffel. Car la construction de cette pièce, de laquelle on n'a voulu 
voir que la farce, est essentiellement de forme tragique. 
Quel magnifique « exercice de style », au sens le plus élevé du 
mot, que cette traduction de Cocteau 1 On connaît le chapitre du Secret 
Professionnel consacré au style. J'aime qu'un auteur rende indiscutable 
par des œuvres ses convictions qui, seules, sont toujours discutables. 
Dans Antigone, Cocteau « fait mouche » a tout instant sans qu'à la 
rapidité soient immolées la noblesse ni même la pompe. Depuis la prose
	        

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.