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RAYMOND RADIGUET
LES SPECTACLES.
ANTIGONE, de Sophocle, adaptation libre de
Jean Cocteau. /Husique de
Arthur Honegger. Décor de
Pablo Picasso. Costumes de
Gabrielle Chanel. (Théâtre
de l’Atelier).
A cette même place, voici déjà un an, à propos des Æarics de la
Tour Eiffel, nous constations la grandeur « antique » qui se dégage de
l’œuvre de Jean Cocteau. Max Jacob, dans cette revue aussi, ne décla-
raît-il pas, préférer certains poèmes de Vocabulaire aux pièces de
l'anthologie grecque?
€ Seul, Jean Cocteau, écrivions-nous dans le numéro 2Ô des feuilles
libres’, possède le secret de douer les choses d'aujourd'hui d'un carac
tère antique, mythologique ». Nous ne croyions alors que constater,
mais ne pensions pas prophétiser, et si fort que l’apparence semble
nous contredire. Voici le même travail à l’envers : Cocteau nous pré
sente, on ne peut pas dire rajeunie, mais bien dans toute sa jeunesse,
la plus illustre des tragédies antiques.
Ceux qui ne savent pas, sous des habits différents, reconnaître le
même corps, s'en étonnent. Mais, au fait, ces habits eux-mêmes sont-
ils si différents. Sophocle est venu plutôt justifier les Æariés de la
Tour Eiffel. Car la construction de cette pièce, de laquelle on n'a voulu
voir que la farce, est essentiellement de forme tragique.
Quel magnifique « exercice de style », au sens le plus élevé du
mot, que cette traduction de Cocteau 1 On connaît le chapitre du Secret
Professionnel consacré au style. J'aime qu'un auteur rende indiscutable
par des œuvres ses convictions qui, seules, sont toujours discutables.
Dans Antigone, Cocteau « fait mouche » a tout instant sans qu'à la
rapidité soient immolées la noblesse ni même la pompe. Depuis la prose