Full text: Les champs magnétiques

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LES CHAMPS 
nous insultent, nous les avons tant aimées. Couleur 
des jours, nuits perpétuelles, est-ce que vous aussi, 
vous allez nous abandonner ? 
L’immense sourire de toute la terre ne nous a pas 
suffi : il nous faut de plus grands déserts, ces villes 
sans faubourgs et ces mers mortes. 
Nous touchons à la fin du carême. Notre squelette 
transparaît comme un arbre à travers les aurores 
successives de la chair où les désirs d’enfant dorment 
à poings fermés. La faiblesse est extrême. Hier encore, 
nous glissions sur des écorces merveilleuses en 
passant devant les merceries. Ce doit être à présent 
ce qu’il est convenu d’appeler l’âge d’homme : en 
regardant de côté, n’a-t-on pas vue sur une place 
triste éclairée avant qu’il fasse nuit? Les rendez-vous 
d’adieu qui s’y donnent traquent pour la dernière 
fois les animaux dont le cœur est percé d’une flèche. 
Suspendues à nos bouches, les jolies expressions 
trouvées dans les lettres n’ont visiblement rien à 
craindre des diabolos de nos cœurs, qui nous revien 
nent de si haut que leurs coups sont incomptables. 
C’est à la lueur d’un fil de platine que l’on traverse 
cette gorge bleuâtre au fond de laquelle séjournent 
des cadavres d’arbres rompus et d’où monte l’odeur 
de créosote qu’on dit bonne pour la santé. 
Ceux qui ne se veulent pas même aventuriers
	        

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