Full text: Les champs magnétiques

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LES CHAMPS 
marchands, les angoisses des pourceaux, les agonies 
éternelles des bibliothécaires. 
Personne ne voulut frapper à la porte qui portait 
le numéro 18 
Sur les lèvres du voyageur, le sourire calme des 
croque-morts s’était posé. Il regarda autour de lui : 
c’était ce regard circulaire et lent de l’huissier scru 
puleux. Il ne vit cependant que la glace de l’armoire 
qui occupait le seul coin sombre de la pièce. Des 
taches incolores la crevaient. Toute la nuit, il fixa 
ce miroir qui solidifiait les plus âpres pensées. Sa 
tête était peuplée d’insectes musclés qui parcouraient 
d’un vol les méandres de ses hémisphères cérébraux. 
Gentilles sauterelles de vinaigre. Il cherchait cette 
lumière rouge qui disparaissait régulièrement. La 
couleur oblongue de ce feu pâlissait et devenait le 
sang clair qui mêlé à cet acide jaune dont on ignore 
le nom, coulait dans ses veines. Un grand rire secoua 
cet homme qui, les yeux fermés, se tenait debout 
devant sa glace. La pâleur de son visage était extra 
vagante et les crapauds auraient hurlé de peur en 
voyant cette face plus blanche que l’air. 
Avant le jour, il partit sans laisser d’adresse. Son 
ombre seule pourrait nous dire son incroyable gaîté. 
On apprit cependant qu’il s’était assis sur un banc 
et qu’il regardait un mur. On l’entendait toujours 
rire et on venait écouter ce qu’il disait : « Mois 
« crucifiés des enfances perdues, je vous ai donné tout
	        

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