Full text: Nouvelle série No. 5(1er Octobre 1922) (NS 5)

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uro-génitale, des renseignements très précis et là nous pouvons faire quelques 
réflexions. 
Nous savons, en effet, qu’elles possédaient deux utérus, mais un seul vagin, 
une seule vulve, une seule vessie, un seul urètre. Lors donc que l’on a paru 
regretter que l’on n’ait pas séparé ces deux sœurs, on n’a pas réfléchi à cette con 
dition anatomique qui aurait obligé à un véritable tour de force chirurgical, à 
moins que l’on n’eût pris le parti, bien invraisemblable, de sacrifier délibérément 
l’une des deux. Cette structure nous démontre, en tout cas, que Rosa et Josepha 
furent toutes deux épouse du père de l’enfant en question. L’une seulement (c’était 
Rosa) conçut et conduisit à bien la grossesse. C’est, à n’en pas douter, la véritable 
mère. Puis, le jour de la délivrance venu, Rosa seule encore, connut les douleurs de 
la période de dilatation. Par contre, celles de l’expulsion leur furent communes et 
véritablement, Josepha put à bon droit accuser le sort qui la faisait ainsi souffrir. 
Elle eut encore raison de se plaindre par la suite, puisqu’elle eut comme sa sœur, 
t du lait dans les seins. Marcel Baudouin a fait remarquer à ce propos que si le 
système nerveux est nettement double, ainsi qu’on le suppose, ce ne sont pas 
les fibres nerveuses qui peuvent être pour quelque chose dans l’établissement 
de la secrétion lactée, mais bien le système circulatoire, car celui-ci, évidemment, 
chez des sujets ainsi conformés, devait être unique en quelques points. 
Tout ceci est assez bizarre, on en conviendra, mais certainement moins que 
la mentalité du monsieur qui put revendiquer la paternité de l’enfant. 11 est vrai 
ment regrettable que l’on ne connaisse pas d’interview de lui, car sa psychologie 
devait être pleine d’originalité. On comprend mieux celle de la pauvre fille que le 
fait d’être soudée à sa sœur de cette anormale façon n’empêcha pas de succomber, 
comme tous les humains ou à peu près, à la passion. On ne voit pas bien pourquoi 
le cerveau des monstres de ce genre ne serait pas fait comme le nôtre et pourquoi 
ils ne ressentiraient pas les mêmes désirs, sinon les mêmes besoins. 11 est même 
peu aisé de savoir si l’amour conçu pour le monsieur en question le fut par l’une des 
deux sœurs ou par les deux à la fois, ou même par celle-là seule qui, justement, 
n’a pas été mère. Tout cela est resté enveloppé d’un profond mystère et le demeurera 
désormais toujours. En tout cas il paraît certain qu’il a dû y avoir consentement 
double à l’acte sexuel, car on conçoit mal que celui-ci ait pu être perpétré dans des 
conditions différentes. 
On a parlé, à ce propos, de mariage. J’ignore jusqu’à quel point ce mot est 
exact et j’ai toutes raisons de supposer qu’il ne l’est en aucune façon. Car enfin, 
voyez-vous les scrupules qui se présenteraient à l’esprit de l’officier d’état-civil 
chargé de consacrer cette union légitime ? Renseigné sur la conformation anato 
mique des deux sujets, il aurait dû faire légale une union qui donnait, en 
somme, deux femmes à un seul homme. Ignorant au contraire de cette conforma 
tion, il ne pouvait prendre une telle responsabilité, car il n’en restait pas moins 
assuré que toute approche conjugale aurait un témoin qui la rendrait attenta 
toire à la pudeur. Cruelle énigme, en vérité, qui a dû ne pas même se poser car le 
pygopage et son époux se sont passé sans doute de toute légitimation de ce genre.
	        

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