Full text: 4(1922), juin-juillet = Nr. 27 (27)

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PIERRE REVERDY 
On verra plus loin que cette comparaison a du moins le mérite d’être 
juste. 
En effet, sous la vitrine qui garde les reflets pensifs de l’avenue, 
des passants attardés et des mouvements de l’air vague, perdu dans 
les bagarres, il y a une foule de destinées qui attendent. 
De là les bateaux migrateurs reprennent voile mais malgré le phare 
et les arcs tirés à blanc de ses rayons on ne peut jamais savoir où ils 
passent. On voit parfois glisser un triangle de glace au fil de l’horizon 
— on voit un ciseau froid découper le soleil, mais jamais les longues 
mains tirées sur les tempes glacées de la terre à son réveil. 
Et pourtant le fil à plomb a traversé la bande claire qui se tend 
d’un pôle à l’autre au moment où commence le jour. 
C’est alors que l’homme débordant son rêve s’étire vers un centre 
meilleur. Au mouvement réglé sur le battement sec de ses artères il 
déplace ses mains et tous ses membres et provoque le vent 
Les oiseaux effrayés clignent des yeux et crient, plus gênés par ce 
grand courant d’air que par les points brûlants de la lumière. 
Par moments ce sont des larmes qui assiègent la vitre de la chau 
mière accroupie en plein vent. A d’autres le hasard qui grince entre 
les branches et brûle les charnières — sans tenir aucun compte du 
temps. 
Mais quand le grand couteau tombe et tranche d’un coup net les 
deux parties du jour — midi — laissant les deux côtés de la paroi 
luisante des blessures, on peut voir à une certaine hauteur le corps du 
promeneur balancer ses proportions illimitées vers un sens mieux compris 
des lois de la nature. 
Et cet homme nouveau ayant alors revêtu une peau neuve descend
	        
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