Full text: 4(1922), juin-juillet = Nr. 27 (27)

PIERRE REVERDY 
au jeu — d’où vient l’argent? — Ne parlez pas si haut. Après avoir 
tout perdu dans ces entreprises colossales qui ne vous enrichissent que 
pour mieux pouvoir vous ruiner du jour au lendemain, je me suis 
fait marchand d’étoiles. J’ai profité de ma taille plus haute que nature 
et de la longueur vraiment extraordinaire de mes bras. 
La nuit, je dors ou je regarde passer les gens normaux au bord de 
l’ombre. Puis je vais les surprendre pendant le jour quand elles dorment. 
Il y en a qui sont enchevêtrées dans les plus hauts nuages, d'autres qui 
glissent plus agiles en me brûlant les doigts. Je les vends toutes vivantes 
aux poètes riches qui les emportent encore tièdes sous leur toit. Puis 
j’en vends d’autres aux coiffeurs qui en font les yeux de ces têtes de 
cire qui tournent à leur vitrine en regardant avec une fixité si troublante. 
Enfin quand elles sont tout à fait fanées, depuis trop longtemps 
mortes, je les jette au bord de la mer, la marée basse les remporte. 
Et les marins qui les prennent dans leurs filets les appellent encore des 
étoiles. 
Pierre Reverdy.
	        
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