Full text: 4(1922), juin-juillet = Nr. 27 (27)

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BLAISE CENDRARS 
Sur son visage, des paysages, fantastiquement alpestres, se pei 
gnaient : les rides de son front se creusaient, s*abîmaient, l’ossature de 
son crâne se voilait d’effroyables tristesses; de ses yeux, des torrents de 
souffrances, des larmes, coulaient; il était secoué; il geignait, ainsi 
qu’un pin tordu, au haut d’un roc et que le vent empoigne et déracine!... 
Un cri; un dernier éclair dans les bois, clarinettes et bassons, le 
bouillonnement d’un sang chaud : son sexe était foudroyé, un serpent 
tronçonné se tordait à ses pieds; la terre brûlait; le firmament flambait; 
l’univers tout entier sautait hors de son orbe; ... et l’âme pensait mou 
rir... : il n’était plus qu’un œil figé dans l’épouvante!... 
Sa face avait pâli. Il était comme spiritualisé. Il avait quelque chose 
de sataniquement sinistre! Il n’était plus qu’un œil qui contemplait... 
Ses gestes étaient plus lents, plus alanguis. Les rythmes, plus com 
pliqués, avec des heurts subits et des saccades. Les cordes étaient pin 
cées; les bois gloussaient; les harpes s’égrenaient. Tout l’orchetre, hale 
tant, puisait, dans cette paupière ouverte, dans cet œif fixe, plaies, 
brûlures... C’était comme un moment d’hésitation, d’attente, — insup 
portable, surtendu... Lui-même, s’était abstrait, — grandissait, grandis 
sait. Ses mains, fleurs exsangues, au bout de ses bras flexibles, trem 
blaient. 
Il montait. 
Il ne voyait plus que des mains tourmentant, fébrilement, les 
violons; des doigts fous, courant prestement sur les flûtes; des mains 
perverses, caressant languissamment les harpes, en une molle langueur 
— et, peu à peu, il se sentait enlevé. Les instruments même disparais 
saient et les joueurs; rien que des mains, comme une atmosphère lumi 
neuse, ondoyaient, en cadence, des mains spirituelles et presque translu 
cides, un parterre rare de fleurs se mettant à parler, à chanter tristement 
et à choir..., pétale par pétale..., dans la lumière... et un parfum sonore 
fusait, tout droit, en haut, une voix d’or, chant enfantin, soleil d’airain : 
son cœur... 
Les mains étaient des vols d’ailes blanches, des ébats de colombes,
	        
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