Full text: 4(1922), juin-juillet = Nr. 27 (27)

MOGANNI NAMEH 
185 
des crissements de plumes, des fiabescences... Mais lui montait toujours... 
Là-bas, l’orchestre se pâmait, comme une immense lyre, le frémisse 
ment des blés d’été au soleil mûr, le clapotis des flots d’acier en plein 
midi, le tremblement mystique des féeries et des fées, parfois plus lent, 
parfois plus accéléré, le bruissement voluptueux des joies futures; et la 
salle tout entière n’était qu’une ruche d’amour. Et la voix à nouveau 
vocalisait son chant, plus émue, plus ténue, chatoyante et plus grave, en 
proie à une auguste terreur, un somptueux respect : œil de paon et de 
folie... Mais lui montait toujours... 
La lueur froide des mains s’était éteinte, évanescence. Il ne voyait 
plus que des lèvres entr’ouvertes dans l’or cendré des cheveux des chan 
teuses. Et ces lèvres se pressaient amoureuses, étreignaient son regard, 
l’enlaçaient, l’attouchaient; insuçoires frétillants, obéissaient à ses moin 
dres désirs. Il jouait à voir leur émoi peureusement se chuter, puis 
jaillir, tout à coup, en un cantique d’adoration passionnelle et dévote. 
Des gorges l’entouraient, cercle de nuages blancs, et les voix en sor 
taient, douces, fortes, sopranos purs et altos graves, à l’unisson... Et lui 
montait, montait toujours. 
L’atmosphère était tissée de la magie multipliée des tintements. Les 
orgues répétaient, en fugues doubles, délirantes, le chant d’amour, que 
tout l’orchestre entonnait maintenant de registre en registre. Une cloche 
diamantine sonna. La voûte se constella. Des yeux pleuraient, — et il 
y eut un très court silence. 
Puis, le chant reprit, balbutié par le canon des chœurs. L’orchestre 
entier s’immobilisa, prosterné, sur une longue syncope de la septième 
diminuée en la mineur : — Et il se contemplait crucifié à l’arbre des 
voluptés. 
— Une ronce acerbée ceignait la tourbe des mondes. 
Un long silence. 
En une triple suite de quartes, démoniaques et pénibles, il retom 
bait, du plus haut du zénith, en son animalité quotidienne, — ricochait, 
se meurtrissait aux tenaces arêtes de son caractère, aux rocs hautains.
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.