Full text: 4(1922), juin-juillet = Nr. 27 (27)

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Là POESIE 
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Comme on est reconnaissant envers un auteur lorsqu’il parvient, 
grâce à lui-même, à lui seul, à nous faire oublier les autres, et lorsque 
devant son livre, on a cette impression de '* solitude " à deux, que l’on 
pensait ne pouvoir goûter qu’avec le souvenir d’un mortl 
Rien n’est plus loin de l’apparence d’un recueil de poèmes en prose 
que son contenu. Il n’est pas non plus de terme plus faux que celui de 
plaquette parce qu’il suggère l’idée plaisante d’un petit travail soigné et ne 
définit pas ce véritable drame que recouvre toujours une œuvre complè 
tement dépouillée. Ce qui avait été observé à propos des déjà lointains 
poèmes de Léon-Paul Fargue, Calendrier e.n donne un nouvel exemple. 
Il y a, dans ce livre, les points de départ de nombreux grands 
poèmes que l’auteur s’est donné l’émotion de ne pas développer. Plus 
justement, ces poèmes ont déposé, se sont concentrés à l’extrême dans 
ces lignes brèves mais lourdes de poésie. — 
Chaque mot, un fruit, chaque phrase une branche de l’Arbre. 
Il est impossible de “ faire plus ramassé". 
— On sent cette tension du cœur et de l’esprit qui ne veulent 
éprouver et penser que l’essentiel. Il s’en dégage quelque chose de 
familier, de léger et de profond dont le mélange est tout à fait rare. 
—• Je ne vois dans Calendrier nulle trace de modernisme, autre mot 
douteux. Lucien Daudet parle son langage le plus naturel, et va droit 
au but, bien vite, emporté par sa délicatesse ou par son chagrin. Sur ce 
trajet, je n’ai rencontré que des sensations qui s’imposent, des images 
qui ** brûlent ’’ , des mots qui disent tout. Pour le faire, il possède une 
grâce légère, mais personne n’est plus éloquent dans ce qu’il sous-entend. 
Dans un intervalle, entre deux phrases, viennent se poser une évocation, 
une nuance qui passent en s'affirmant. Impossible de suggérer avec plus 
de goût. 
Ce travail de dépouillement si admirablement réussi, il ne faut 
pas le gâter par le jeu dangereux des citations. Elles seraient pourtant 
en abondance. Il faut les voir chez elles, incluses dans ces pages qui 
nous donnent envie de les lire très vite, puis nous retiennent pour ne 
les avoir pas lues assez lentement. — 
Jacques POREL.
	        

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